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Le 10.03.2014

« Personne ne peut porter seul la responsabilité du numérique »

Pour Inriality, Jacques-François Marchandise, directeur de la recherche et de la prospective de la Fing réagit aux chiffres du Baromètre Inria. Avec lui, nous explorons les questions de maitrise et de responsabilités numériques.


Photo Lego Crowd par Jon Asley sous licence CC BY 2.0

Le Baromètre Inria 2014, montre l'émergence de l'Homo Numericus, celui qui ne peut pas se passer du numérique. Est ce que cet accroissement des usages va de pair avec un accroissement de la maîtrise ?


Les usages numériques sont, pour beaucoup, des usages "outillés par le numérique" : usages de la mobilité, usages professionnels, usages ludiques, usages administratifs. Plus les usages sont nombreux, plus ils renvoient à des dispositifs numériques nombreux et divers, plus chaque personne peut se trouver en difficulté sur tel ou tel de ses usages. Et ils génèrent potentiellement surinformation, difficultés techniques, complexité dans le champ professionnel ou dans la vie quotidienne.

Que signifie maîtriser le numérique ? Et à quoi la « maîtrise numérique » ressemblera demain ?


Utiliser, consommer, c'est parfois subir. Maîtriser signifie être capable de faire des choix, ne pas être en difficulté d'usage, et, à des degrés plus forts, être capable d'agir, de modifier; être capable de transmettre ce que l'on sait faire. C'est une question de trajectoire d'appropriation, qui se joue par les apprentissages, par le faire, et aussi par la réflexivité. La maîtrise numérique n'est pas seulement une affaire individuelle; la maîtrise numérique de demain est à la fois une question de culture numérique, donc collective, et de cadres collectifs dans la société (gouvernance, concertation...), à l'échelle de la ville, du collectif de travail,...

Les Français ont une perception favorable du numérique pour tout ce qui concerne projection dans le monde, mais défavorable pour tout ce qui touche à l'intime, comment expliquer ce paradoxe ?


Nous avons chacun nos contradictions personnelles, entre nos enthousiasmes, liés aux nouveaux possibles, et nos inquiétudes, là où nous pouvons avoir le plus à perdre, là où nous ne savons pas bien comment nous défendre. Les Français se déclarent prudents à 82%. Mais ils sont aussi moins confiants et plus agacés qu'en 2011. Est ce que les Français entrent dans un age adulte, plus responsable et moins impulsif ? Les trajectoires sont sans doute assez différenciées, on aura du mal à avoir une analyse générale complètement pertinente.

Nous faisons constamment notre courbe d'expérience, nous avons donc de plus en plus d'expériences malheureuses (dont on se souvient davantage que des expériences heureuses), elles ne freinent pas nos usages mais elles nourrissent nos inquiétudes. Quant à nos agacements, les associations de consommateurs pourront les illustrer facilement, avec l'abondance des problèmes signalés en termes de services, de matériels, d'applications. Nous sommes aussi les réceptacles des médias, nous enregistrons les petits faits divers comme les grandes affaires mondiales...

Les Français ont du mal à faire un bilan global des effets du numérique... Qu'est ce que ça vous évoque ?

Ils auront de plus en plus de mal, dans la mesure où le numérique est un ensemble qui n'est pas homogène; et qui peut faire levier de façons complètement ambivalentes. Et où il est souvent difficile de séparer le numérique du prénumérique, de qualifier les causalités numériques.

« Grand pouvoir, grandes responsabilités »... Est-ce que les citoyens peuvent et doivent assumer cette responsabilité de façon individuelle ? ou collective ? ou via des institutions ?


Les citoyens, les petites et grandes entreprises, les acteurs publics : personne ne peut porter seul la responsabilité du numérique, dans la mesure où personne n'a prise tout seul. Les citoyens apprennent et comprennent par l'échange, par la socialisation. Peu de choses sont soumises à leur décision, mais beaucoup de petites choses. Nous forgeons nos règles communes, nos normes sociales, nos lois, mais surtout notre culture commune, nos usages, nos us et coutumes. La responsabilité de chacun dans le champ numérique ressemble à ce qu'elle est dans la société au sens large : le respect de l'autre, la parentalité, toutes les figures du vivre-ensemble.

 

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