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Le 19.09.2012

Et si on augmentait la réalité, tous ensemble ?

Profiter de la réalité augmentée, c’est bien... mais la produire, c’est mieux ! Avec une cartographie provenant d’OpenStreetMap par exemple, on peut s’orienter dans des villes et des bâtiments du monde entier. Mais le projet est encore jeune et il manque d’informations précises telles que les adresses. Les visiteurs sont donc invités à les collecter et à les publier. Petit à petit, une intelligence collective des lieux se dessine.
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À la manière de Wikipedia, le projet OpenStreetMap est ouvert aux contributions, et dispose de sa version française. Chacun peut donc apporter des précisions, corriger des erreurs, et indiquer des points d’intérêt (statues, monuments...). Ces informations proviennent souvent des données publiques de type cadastre par exemple, mais aussi de promeneurs équipés d’un smartphone, avec la possibilité de publier toutes sortes de points d’intérêt en plus des données de type routes, chemins et bâtiments. Et pour consulter des cartes, il suffit de les télécharger sur son smartphone, son GPS ou son ordinateur et d'utiliser un navigateur adapté.

Les cartographies classiques, telles que celles proposées dans Google Maps, ne sont pas « intelligentes » dans le sens où ce ne sont que des images. Par contre, avec OpenStreetMap, un navigateur spécialisé peut utiliser directement les données géographiques et produire les images en temps réel en fonction du contexte, augmentant ainsi la réalité de la ville. En France, OpenStreetMap utilise les données cadastrales (avec une précision de l’ordre du mètre) mais dans une ville comme Grenoble la précision pourrait atteindre 15 cm en utilisant les données télémétriques de la ville. Une précision utile, notamment en situation de handicap, puisqu’elle permet de connaître les dénivelés des trottoirs et les inclinaisons, toutes choses importantes pour se déplacer sur une chaise roulante. Et là où on ne dispose pas de données précises - concernant un sentier dans un parc par exemple - ce sont des contributeurs volontaires d’OpenStreetMap qui complètent. Une démarche citoyenne de co-construction, qui repose sur des valeurs d’entraide et de partage...

Tout semble donc aller pour le mieux puisque chacun contribue. Mais la Réalité Augmentée est aussi un marché prometteur sur lequel s’opposent de grands groupes (Google, Sony, Olympus, General Motors...) et de jeunes pousses (Artefacto, Layar, Metaio, Visioglobe...). Si une guerre des standards se déclenche, les utilisateurs pourraient en être les grands perdants !

Vers un langage universel pour la Réalité Augmentée

On trouve sur le marché plusieurs kits de développement permettant de créer assez facilement ses applications de Réalité Virtuelle. À Inria Grenoble, l’équipe-projet WAM (Web Adaptation et Multimédia) s’est attelée à un vaste projet open source : créer un langage universel, qui permettrait de décrire des parcours dans la ville. Comme l’explique Jacques Lemordant, chercheur dans l’équipe WAM : « Notre différence par rapport aux autres approches de la Réalité Augmentée est de pousser très loin les technologies issues du web. Nous croisons trois types de documents : OpenStreetMap pour la cartographie collaborative, HTML5 pour la programmation des interfaces mobiles et le contenu culturel, et un dernier pour la représentation des données de navigation notamment audio.

L’équipe a donc développé le navigateur mobile IXE (Interactive XML Engine) capable de lire et de jouer ces documents composites. Ces documents peuvent décrire des visites culturelles mais aussi des réseaux de navigation accessibles aux personnes en situation de handicap visuel ou moteur, IXE permettant notamment un guidage et une orientation par le son 3D. La navigation piétonne, si elle se veut précise, nécessite une description au niveau des trottoirs et non pas des rues. On retrouve donc ici tout l'intérêt d'une cartographie collaborative du type OpenStreetMap. Autre difficulté en passe d’être maîtrisée : le calcul en temps réel de la position du piéton, grâce à une détection du nombre de pas effectués (captés par le smartphone), des modèles physiologiques de la marche et une estimation de l'orientation basée sur les données issues des gyroscopes.

Très modulaires, les solutions proposées par l’équipe WAM sont adaptées à des parcours en extérieur ou dans des bâtiments cartographiés. Ces solutions ont été notamment utilisées lors de l’événement Grenoble, ville augmentée. En été 2012, elles ont été expérimentées dans deux stations de métro d’Osaka, afin d’aider les personnes malvoyantes à mieux se repérer dans les réseaux des pistes tactiles, réseaux très développés au Japon.

En 2013, il est prévu de doter le navigateur IXE de fonctions supplémentaires. La détection d’obstacles, le recalage de la navigation type centrale d'inertie par spots radio et la vision par ordinateur sont au programme !

 

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