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Le 29.01.2013

Transparence des interfaces homme-machine : un concept à éclaircir

Pour faciliter l’interaction avec le numérique, de nouveaux projets et objets misent sur la transparence : pas de clavier ou de souris, pas d’écran, pas de volant, mais des machines qui réagissent à notre comportement ou à leur environnement. Les interfaces homme-machine seraient-elles vouées à disparaître ? Identifiées par Nicolas Roussel, voici 3 fausses bonnes idées sur le sujet !

Crédit : Jérémie Dequidt

Fausse bonne idée n°1 : La voiture qui se conduit par la pensée

Très impressionnant. Une personne s’assoit dans une voiture, ajuste une sorte de serre-tête et pose ses mains... sur ses genoux. La voiture se met à rouler doucement. Quand elle détecte un motif d’activité particulier dans le cerveau du conducteur, elle vire à gauche, et quand elle en détecte un deuxième, elle vire à droite. Seul défaut apparent : il faut quelques dixièmes de seconde pour que le motif d’activité soit perçu et la commande associée exécutée.

« La démonstration est spectaculaire et ces recherches trouveront peut-être des applications utiles dans les domaines de l’assistance aux personnes ou de la télé-opération », remarque Nicolas Roussel. « Mais lorsque je conduis ma voiture, je ne pense pas aux actions élémentaires liées à la conduite. J’ai développé pour elles des automatismes qui me permettent de me concentrer sur l’itinéraire et les autres usagers de la route. Je peux aussi penser à tout autre chose, écouter la radio, ou discuter avec d’autres occupants de la voiture. Au lieu de focaliser notre attention sur des tâches opératoires et répétitives, la technologie devrait nous faciliter le développement d’automatismes pour ces tâches afin que nous puissions nous concentrer sur d’autres, intellectuelles ou créatives par exemple. »
 

Fausse bonne idée n°2 : Les mécanismes dits « intelligents »

Plutôt que de nécessiter un contrôle explicite, l’idéal ne serait-il pas que les machines comprennent ce qu’on attend d’elles et prennent des initiatives ? Certains objets de notre quotidien intègrent déjà des mécanismes dits « intelligents » destinés à nous simplifier la vie. Sur certaines voitures, par exemple, l’essuie-glace arrière se déclenche automatiquement lorsque l’on passe la marche arrière et que les essuie-glaces avant sont en marche.

« Ce type de comportement est utile tant que l’on est dans le contexte pour lequel il a été prévu. Mais si le balai d’essuie-glace est en mauvais état, il risque de rayer la vitre et s’il est pris dans la glace, sa mise en marche risque d’endommager le moteur. » note Nicolas Roussel. « Il ne s’agit pas ici d’intelligence, mais d’un simple réflexe et ce qui pose problème, c’est qu’on ne peut l’inhiber. Mettre au point un système capable d’appréhender son environnement et de prendre les décisions appropriées est au mieux extrêmement difficile, tant les sources d’erreurs et d’ambiguïtés sont nombreuses. Dans les systèmes homme-machine, l’intelligence se trouve toujours essentiellement du côté de l’utilisateur. Il est important que celui-ci garde la maîtrise de ce qu’il délègue à la machine. Sur certaines voitures, l’anti-patinage ou les airbags peuvent être désactivés pour tenir compte de conditions particulières, comme la conduite sur neige ou la présence d’un siège bébé. Cette approche devrait être privilégiée pour mieux gérer les situations exceptionnelles. On devrait plus souvent offrir la possibilité d’adapter ou désactiver les automatismes des machines. »
 

Fausse bonne idée n°3 : Des interfaces littéralement transparentes

L’idée de faire disparaître les éléments tangibles des interfaces n’est pas nouvelle. Il est ainsi aujourd’hui possible d’interagir avec un téléphone par la parole, ou avec une console de jeu par le geste. Pourra-t-on interagir demain avec d’autres objets du quotidien sans qu’aucun élément d’interface ne soit même visible ? En arrivant devant une porte, suffira-t-il de penser qu’on veut qu’elle s’ouvre pour que cela se produise ?

« Le problème avec les choses transparentes… c’est qu’on ne les voit pas. » ironise Nicolas Roussel. « Comment savoir si une interface transparente est présente ? Comment savoir si elle fonctionne, et comment ? Comment détecter et interpréter ses dysfonctionnements ? Si la porte est incapable de lire dans nos pensées, pour une raison ou une autre, nous serons dans la situation de ces personnes piégées par une porte sans vitre pour La caméra invisible. Ce qui compte, ce ne sont pas les interfaces en elles-mêmes, mais ce qui se passe entre l’homme et la machine. Pour permettre le passage à l’échelle lié à l’omniprésence croissante du numérique, l’effort physique et mental lié à cette interaction devra être suffisamment faible pour que l’on puisse se concentrer sur ce qu’on fait et non sur la manière de le faire. La transparence à rechercher est bien plus figurée que littérale. »

 

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Photo : Keyboard 3.0 par Jérémie Dequidt

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