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Le 15.10.2012

Quelle sera la place de la France sur le campus planétaire ?

« Le partage » sera cette année le thème de la Cité de la Réussite, du 19 au 21 octobre, à la Sorbonne. Plus de 40 débats auront lieu, réunissant près de 150 personnalités. François Taddei sera l’un des invités, sur le thème « Innover pour apprendre, apprendre pour innover». Paradoxalement, c’est donc dans les amphis de la prestigieuse université française que seront abordées des ruptures radicales avec le modèle universitaire actuel...
Innover pour apprendre, apprendre pour innover. - © lightpoet - Fotolia.com

« A l’heure d’Internet, les institutions françaises vont-elles continuer à délivrer des cours magistraux dans des amphis qui risquent de se vider ? », interroge François Taddei, directeur de recherche à l’INSERM et directeur de l’institut innovant de formation par la recherche financé par les investissements d’Avenir. Une question que l’on doit se poser au moment où les meilleures universités américaines publient gratuitement leurs cours sur Internet. Cette diffusion du savoir est tellement massive qu’on la désigne par le terme MOOC, pour Massive Online Open Courses.

 Le phénomène a explosé en quelques mois : en octobre 2011, les professeurs Peter Norvig et Sebastian Thrun, publient gratuitement leur cours d’intelligence artificielle de Standford University. Il est suivi par environ 160 000 étudiants, dont les 2/3 sont en-dehors des Etats-Unis. Fort de ce succès, Sebastian Thrun fonde Udacity, un établissement privé d’enseignement en ligne, qui délivre ses 2 premiers cours à près de 90 000 étudiants en février 2012. Les investisseurs privés américains suivent le mouvement... La start up Coursera est créée en avril 2012 par deux autres professeurs de Standford (Andrew Ng et Daphne Koller). Moins de 6 mois après sa création, elle a dépassé 1,6 million d’inscrits à ses cours, provenant d’une trentaine d’universités parmi les plus prestigieuses.

 « La croissance de ces réseaux dépasse largement celle qu’ont connu les réseaux sociaux précédents. Et il n’a fallu que quelques mois au MIT pour monter, avec Harvard, un projet concurrent : edX. Le phénomène a une telle ampleur et une telle vitesse de déploiement que l’on espère une réaction rapide de nos institutions européennes », souligne François Taddei. En France, ce mois d’octobre 2012 est marqué par l’ouverture d’Itypa, le premier MOOC francophone, à l’initiative de chercheurs, enseignants et spécialistes de l’éducation. A noter également la création d’UniShared par un jeune entrepreneur social, Clément Delangue.

 Pour François Taddei, les universités sont en train de perdre leurs privilèges : « pas besoin de se déplacer ou de changer de pays, on trouve d’excellents cours en ligne. Quant aux appareillages coûteux des labos de recherche, ils deviennent accessibles dans des Fab Labs et via des modules que l'on peut ajouter à son téléphone pour le transformer en microscope par exemple. Les étudiants ou experts que l’on rencontrait sur les campus sont encore plus nombreux et dynamiques sur les réseaux sociaux des MOOC ». L’heure est donc à la prise de conscience et à la remise en cause : les étudiants ne sont plus une clientèle captive ! Et l’efficacité de l’auto-éducation est déjà largement prouvée : dans le monde, des milliers d’informaticiens professionnels n’ont pas suivi de cursus éducatif classique...

 « En France, on a longtemps vécu avec l’idée que notre système éducatif est parfait. Donc l’éducation ne consacre que de faibles budgets à la recherche, c’est-à-dire à sa propre amélioration. Au niveau européen, nous avons des European Institutes for Technology... mais il manque des European Institutes for Learning Technologies ! », explique François Taddei, qui travaille à développer des outils numériques adaptés dans le cadre du projet Night Science. Quant à la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) : « elle aurait besoin d’être adaptée aux nouvelles contraintes et opportunités de ce siècle. »

 Il est donc urgent de se poser les vraies questions : qu’est-ce que l’université « brick and mortar » a désormais de spécifique ? Comment peut-elle créer de la valeur et s’imposer face à la concurrence ? Pour François Taddei, « l’enseignant-chercheur a une forte valeur ajoutée, à condition de changer son rapport à l’enseignement. Plutôt que de délivrer la bonne parole du haut d’une chaire, il a des possibilités nouvelles et enthousiasmantes : catalyser les idées et les apprentissages, animer des projets de type Fab Lab et Open lab ouverts à tous, orienter vers des sources d’informations, tirer parti du feed back de milliers d’étudiants qui interagissent avec son cours on line... Les institutions devront inviter et accompagner les étudiants et les chercheurs sur cette voie, qui est désormais largement ouverte ! ». 

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