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Le 12.09.2013

Le mobile à l'école africaine

En Afrique, dans le domaine de l’éducation, la téléphonie mobile suscite beaucoup d’espoirs, d’expérimentations et d’échanges. De nombreuses difficultés restent à surmonter mais les communautés s’organisent, comme l’explique Sylvain Maire*.

Photo : AdamCohn (CC BY-NC-ND 2.0)

*Sylvain Maire est cooperation manager pour le site et la communauté internationale Imagination For People, sorte de Wikipedia des projets d’innovation sociale. Il est également spécialiste de l’accès aux services essentiels dans les pays en développement et travaille actuellement sur le Forum InnovAfrica qui rassemble des innovateurs concernés par les problématiques sociales en Afrique.

 

Quel est le rôle émergent de la téléphonie mobile en Afrique dans les projets éducatifs ?

On peut observer que, d’une part, l’éducation est l’un des thèmes les plus riches parmi les projets présentés sur la plateforme Imagination For People, et que, d’autre part, les projets mobiles sont nombreux. Pour autant, le thème de l’éducation et de la téléphonie mobile n’est pas encore très fourni. Parmi les projets remarquables, on peut néanmoins citer Connais-tu mon beau pays ? qui part du constat qu’il existe plus de soixante ethnies en Côte d’Ivoire, et que ses trente-et-une régions sont mal connues de la population. L’idée est ici de donner aux Ivoiriens un cours d’histoire-géographie, par le biais d’un programme éducatif sur smartphones et sur Facebook.

À noter que la langue française apparaît comme un trait d’union bien adapté aux échanges entre des langues différentes, à côté des principales langues que sont le sénoufo, le dioula, le baoulé, le bété, le yacouba ou encore l’agni. On peut aussi citer le nouchi, un pidgin qui mélange le français et de nombreux dialectes. Bien sûr, ce projet éducatif comporte un volet social et vise à créer ou soutenir un sentiment d’appartenance ou d’identité commune.

Autre exemple, Dadja Bassou développe au Sénégal un serious game pour smartphones, afin d’éduquer et sensibiliser les populations à la collecte des déchets en milieu urbain.

Le choix de proposer un contenu éducatif sur terminal mobile s’explique par le fait que l’usage d’Internet n’est pas encore suffisamment répandu dans beaucoup de pays africains. Quant à l’usage des smartphones, il reste assez marginal en raison de leur prix élevé.

Quels sont les avantages et les usages du SMS concernant l’éducation en Afrique ?

En préambule, il faut noter que la Wikimedia Foundation propose déjà à plusieurs centaines de millions de personnes (en Côte d’Ivoire, Niger, Cameroun, Kenya...), la possibilité de recevoir, par SMS, des articles de son encyclopédie, sans frais de datas. Cette initiative Wikipedia Zero suscite évidemment de grands espoirs et pourrait inspirer ou enrichir des programmes éducatifs.

En Afrique, on voit de nombreuses réalisations et projets d’intérêt général qui reposent sur l’utilisation de SMS. Il existe par exemple un projet permettant de déclarer une naissance par SMS, afin d’éviter des démarches administratives auxquelles une partie de la population ne peut se soumettre pour des raisons pratiques (distance, analphabétisme, conflits...).

Certes, le format SMS est assez contraignant dans le cadre de l’éducation mais on peut constater une bonne maîtrise de ces techniques dans les ateliers que nous organisons. Pour preuve, quand Romain Chanut avait amené un Jerry-can pour le Forum InnovAfrica 2011 (voir notre article Jerry Can : la récup, c’est pas du bidon), cet atelier avait rencontré un très vif intérêt. Des porteurs de projet, comme Florent Youzan ou Cyriac Gbogou, développent en Côte d’Ivoire des applications qui utilisent un serveur de SMS Jerry.

Quels sont les freins à la création de services SMS pour l’éducation ?

Dans certains pays les applications qui permettent de connecter des SMS à Internet sont perçus par les pouvoirs publics comme un danger qui pourrait remettre en cause leur autorité. Ces pays ont bien vu le potentiel du SMS dans les révolutions arabes. Les projets civils autour des SMS sont donc parfois rendus difficiles, ce qui pénalise le développement de programmes éducatifs. L’autre blocage provient des opérateurs télécoms qui peuvent bloquer la mise en place de services gratuits, pour en proposer des versions payantes.

 

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«Comment le numérique change l’éducation»

 

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