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Le 23.04.2013

Le business des noms de domaines

L’introduction des nouveaux noms de domaine est une petite révolution pour l’industrie de l’Internet. De par leur coût élevé (185 000 dollars auxquels s’ajoute une redevance annuelle de 25 000 dollars), les nouveaux domaines sont destinés aux grandes organisations et entreprises. Ces nouveaux domaines de premier niveau (TLD, Top Level Domain, encore appelés extensions ou suffixes) offrent des opportunités intéressantes…

© Inria / Photo C. Lebedinsky

Ainsi, selon l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), la société américaine qui gère ce programme, ils permettent aux organisations de maîtriser leur communication autour d’une marque, d’une activité ou d’une identité communautaire, mais aussi de filtrer les spams. Mais ce sont également des opportunités commerciales pour des organisations propriétaires d’un domaine générique. Par exemple, on pourrait imaginer que la société propriétaire du domaine .car loue des sous-domaines à des tiers : renault.car, peugeot.car, etc.

Pour autant, le dépôt de candidature pour l’obtention des nouveaux domaines est maintenant clos et la liste des 1930 candidats retenus a été publiée par l’ICANN. Parmi ces candidats, on dénombre encore 754 dossiers contentieux, pour la plupart des dossiers déposés par des sociétés différentes revendiquant les mêmes noms d’extension. Ainsi 230 extensions font l’objet de demandes multiples. L’extension .app est la plus réclamée avec 12 candidats, parmi lesquels on trouve les deux géants Amazon et Google (via Charleston Road Registry Inc.), mais aussi une poignée de sociétés spécialement créées pour l’occasion telles .APP REGISTRY INC., Dot App LLC ou encore DotApp Inc.

Derrière ce futur marché des noms de domaines qui se profile, on retrouve l’ICANN qui prélèvera 25 000 dollars par an par extension. À comparer avec les 10 dollars qu’il faut pour souscrire à un domaine en .com. « La question des dossiers déposés par des organisations qui revendiquent un même nom de domaine est sujette à un arbitrage opaque de la part de l’ICANN et toujours dans le sens d’un gain financier (mise aux enchères en dernier ressort) » précise David Fayon, auteur de « Géopolitique d’Internet – Qui gouverne le monde ? »*

Mais pour David Fayon, « le danger est que la gouvernance des noms de domaine soit américanocentrique. Et qu’en cas de crise, un nom de domaine (mais il s’agit là plus des domaines géographiques, les domaines génériques étant pour des organisations) soit plus facilement désactivé par les États-Unis (par ex. Afghanistan ou Irak). L’utilisateur final ne connaît pas toutes les tractations qui s’opèrent mais peut subir des décisions politiques prises en amont. »

Concernant la dépendance de l’ICANN au Département du Commerce des États-Unis, « même si du lest est lâché, ce n’est pas un gage d’indépendance. Pour autant placer l’ICANN sous tutelle de l’ONU pourrait être un danger pour les libertés individuelles des internautes. Beaucoup d’États au sein des Nations Unies sont des régimes autoritaires qui pratiquent le filtrage des contenus ou la censure. Aussi une troisième voie reste à trouver. Et l’Europe aurait son mot à jouer du fait de sa culture et d’une plus grande neutralité en moyenne » déclare David Fayon.

Il existe des alternatives à cette omnipotence américaine. David Fayon cite dans son ouvrage des initiatives telles que AltRootFondation aux Pays-Bas, ou encore les racines ouvertes avec le projet français Open-Root. Les racines ouvertes permettent d’être propriétaire d’un domaine et non de le louer avec chaque année une redevance à payer. Mais ces initiatives restent bien timides face au mastodonte américain…

 

*Aux éditions Economica.

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