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Le 01.05.2013

Crise du travail : le numérique comme problème et solution

C’est la fête du Travail... et pourtant le cœur n’y est pas. Traversé par une crise profonde, le monde du travail peine à se réinventer. Le numérique semble jouer un rôle particulier dans les problèmes actuels ou les nouveaux risques. Mais il fait aussi partie des solutions ! L’analyse d’Amandine Brugière, chef de projet Digiwork à la Fondation Internet Nouvelle Génération (Fing).


crédit : © Rich Vintage / iStockphoto

Comme on dit à la Fing, Digiwork est une «expédition». Le terme reflète bien un certain esprit d’aventure et désigne un format de recherche et d’actions collectives, d’une durée proche d’un an. Une expédition qui réunit des acteurs très différents : entreprises publiques ou privées, PME, associations, chercheurs, experts, etc. Digiwork se propose de «Repenser la place de l'individu au travail dans une société numérique». Toute récente, elle s’est lancée en février 2013 et devrait aboutir en décembre.

Pour Amandine Brugière, chef d’expédition, on peut déjà faire quelques constats : «la crise du travail touche autant les individus que les entreprises. D’un côté les individus éprouvent des difficultés à se réaliser professionnellement, surtout dans les grandes organisations, - où prévaut le sentiment d’être un pion interchangeable au milieu d’un grand ensemble. De l’autre, les entreprises se plaignent du manque d’engagement et de fidélité de leurs collaborateurs, et sont en attente d’une autonomie des individus, d’un développement de l’initiative. Or cette demande s’effectue dans un cadre de formalisation extrême des processus, liée à l’informatisation, multipliant les formes possibles de contrôle, de reporting ».

Des individus placés en position d’échec


En réalité, ces entreprises placent leurs employés devant une injonction paradoxale, c’est-à-dire une impossibilité d’agir correctement, qui se traduit par l’inverse de ce qui est recherché : une démobilisation, voire un mal-être profond. Au final, il y a donc un divorce entre l’individu et l’entreprise, dommageable à chacun... Et pourtant, la flexibilité recherchée par les entreprises et l’individualisation des pratiques que rendent possibles les TIC auraient pu se rencontrer, pour un gain d’efficacité. Mais comme le remarque Amandine Brugière : « D’un côté la sécurisation des itinéraires personnels n’a pas été assurée. De l’autre la liberté des pratiques est vécue comme un problème. Beaucoup d’entreprises bloquent ou rendent compliquée le BYOD, c’est-à-dire l’utilisation des smartphones, tablettes ou ordinateurs personnels que l’on amène au travail. Peu d’entreprises acceptent de reconnaître les formes de travail mobile, pourtant déjà largement effectives. Ce sont des exemples parmi d’autres du décalage entre les attentes institutionnelles et les pratiques réelles de travail ».

Conséquence, l’individu est déboussolé... « Il faut reconnaître que le numérique a renforcé la pression sur l’individu par les nouvelles formes de bureaucratie, de taylorisme, l’infobésité, l’intensification du travail, le brouillage des frontières entre vie privée et travail, l’éloignement d’avec le management... On note aussi l’effet aggravant du numérique sur le découpage du travail en micro-tâches, qui ouvre la voie à l’externalisation vers des prestataires et sous-traitants, aux délocalisations», poursuit Amandine Brugière. Or, avec l’ubiquité des réseaux, quand le travail n’a plus de sens, il peut facilement être mis en balance avec des activités plus personnelles, qui, elles, en ont…

Le numérique peut dynamiser l’entreprise et son écosystème


Mais si le numérique est l’une des causes de la crise du travail, il fait aussi partie des solutions en ouvrant de nouvelles pistes : vers une organisation du travail plus souple, ou vers de nouvelles formes de collaborations : « les interactions de travail s’établissent au-delà des frontières des services d’une entreprise, et souvent au-delà du cadre de l’entreprise elle-même : avec la foule des fournisseurs, prestataires, partenaires, clients. C’est au sein de cette entreprise étendue que peuvent se mettre en place des schémas de co-création, d’innovation collaborative ou d’innovation ouverte. On assiste aussi à l’émergence de projets collectifs, produisant de la valeur, (à l’exemple de Wikipedia, Wikispeed), en dehors même des organisations classiques. Ce qui remet en question le cadre actuel - assez étroit - des entreprises», souligne Amandine Brugière.

Tous les rôles sont donc en train de changer, notamment ceux des directeurs informatiques, des directeurs des ressources humaines, des directeurs de l’innovation, aux prises avec les problèmes de sécurisation, d’adaptation au changement, d’innovation. Ce sont aussi les fonctionnements hiérarchiques classiques que le numérique remet en cause, en favorisant les interactions horizontales.

Prochaine étape de l’expédition : explorer collectivement des scénarios de rupture, c’est-à-dire des modifications radicales de nos façons de travailler avec le numérique. Parmi les 8 scénarios étudiés, il sera question de rendre l’entreprise agile, étendue, sociale, apprenante... Vivement décembre 2013 et l’arrivée de cette expédition qui nous concerne tous !

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