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Le 17.03.2014

Emploi numérique : où sont les femmes ?

Sous-représentées dans les nouvelles technologies, les rares femmes qui font carrière dans ce domaine finissent souvent par renoncer. Une situation particulièrement préoccupante en Europe. Explications.

Alors que les femmes représentent aujourd’hui près de la moitié de la population active en France selon l’INSEE, elles occupent seulement 25 % en moyenne des effectifs des métiers du numérique.  La disparité commence dès le secondaire où, malgré de bons résultats, les filles ne représentent que 45 % des élèves en terminale S. Elle s’accélère dans l’enseignement supérieur avec seulement 34 % des femmes engagées dans des études scientifiques. Elle s’accentue encore après l’entrée dans la vie active ; seulement 25 % des femmes sont ingénieurs à trente ans et elles ne sont plus que 9 % à quarante-cinq ans.

Les stéréotypes ont la vie dure


La situation serait moins alarmante si ces chiffres avaient évolué au fil des années. Or, « la proportion de femmes investies dans les métiers du numérique augmente, mais très lentement, précise Véronique Di Benedetto, co-présidente de la Commission "Femmes du Numérique" de Syntec Numérique, chargée de renforcer l’attractivité des professions du secteur IT auprès des jeunes femmes et de promouvoir l’égalité professionnelle. Beaucoup ont encore une vision erronée des métiers informatiques et préfèrent s’orienter vers des professions plus relationnelles. »

Force est de le constater, le cliché qui attribue les sciences humaines aux femmes et les sciences techniques aux hommes reste vivace. De plus, la gent féminine perçoit souvent les emplois numériques comme « solitaires, ennuyeux et inutiles pour aider les autres » avec à la clé, selon l’étude « Women active in the ICT sector » réalisée par la Commission européenne l’année dernière, de longues journées de travail et une grande difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle.

Une tendance que confirme le Baromètre Inria : 28% des actifs et 43% des étudiants (toutes filières confondues) souhaiteraient travailler dans le secteur du numérique, mais il s'agit en réalité de 59% d'étudiants et de 27% d'étudiantes.

 

Partité homme-femme dans le secteur numérique

 

Un manque à gagner de neuf milliards d’euros !


Particulière à l’Europe occidentale, cette perception n’a plus cours dans les pays émergents où la parité est devenue une réalité. « Preuve que le problème ne vient pas de l’inadaptation des femmes aux métiers du numérique mais de la vision erronée qu’elles en ont en Europe », souligne Véronique Di Benedetto.

Dans ces conditions, un pays peut-il continuer à se priver de la moitié de ses cerveaux ? Selon l’étude de la Commission européenne, la réponse serait clairement non. La faible féminisation du numérique génèrerait un manque à gagner de neuf milliards d’euros dans le secteur en Europe, les entreprises dirigées par des femmes assurant « une rentabilité totale pour l’actionnaire supérieure de 34 % aux autres organisations de nature comparable.» Au problème quantitatif s’ajoute donc une perte qualitative puisqu’il est essentiel dans une équipe de multiplier les approches et les regards pour optimiser la compétitivité.

Informer pour développer l’attractivité du numérique


Pour Véronique Di Benedetto, l’évolution de cette situation passe par une meilleure information des jeunes filles dès l’école. « Les métiers du numérique ont fortement évolué. Aujourd’hui, le digital est partout et les filières sont bien plus attrayantes, avec des besoins en collaboration, en innovation, etc. Les femmes pourraient s’épanouir dans ces nouveaux domaines si elles étaient mieux informées. » De fait, en France, selon un rapport de la société d’audit McKinsey, rendu public en février dernier : « pas plus de 20 % des étudiants estiment avoir été correctement informés au lycée sur leur cursus dans le supérieur, contre 36 % en Allemagne, et 67 % feraient des choix d’études différents s’ils avaient la possibilité de revenir en arrière, soit le taux le plus élevé d’Europe. »

« Parallèlement, les entreprises doivent continuer leurs efforts sur les conditions de travail afin que les femmes n’abandonnent pas leur carrière en cours de route, note Véronique Di Benedetto. Enfin, les parents ont également un rôle à jouer et tout particulièrement les mères. Quand elles diront “ Tu seras ingénieur ma fille ”, nous aurons franchi un grand pas dans la lutte contre les stéréotypes qui freinent aujourd’hui nos sociétés. »

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