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Le 05.10.2012

Visite culturelle : la ville à livre ouvert

La culture historique passe encore mieux en réalité augmentée. L’amateur d’histoire arpente aujourd’hui les rues, en gardant un œil rivé sur un smartphone ou une tablette. La ville devient un livre ouvert, proposant un voyage dans le temps, une découverte de ses grandeurs passées. Les exigences scientifiques et techniques sont au premier plan, imposant des budgets, des équipes et des délais importants. Avec des résultats spectaculaires.
Getty / Photo by cuellar

La réalité augmentée a de superbes atouts pour raconter l’histoire des villes ou de leurs constructions les plus illustres. À Bordeaux, elle fait surgir le marquis de Tourny, près des lieux qu’il a fait édifier, et la rade retrouve les voiliers d’antan. Cette visite de Bordeaux au XVIIIe siècle se déroule grâce à Imayana, une tablette iPad que l’on regarde devant certains lieux et bâtiments. Présenté à l’occasion des Journées du patrimoine de septembre 2012, soutenu par le Conseil régional d'Aquitaine, cette réalisation due à la société Héritage Prod a bénéficié d’un budget comparable à celui d’un film long métrage : près de 3,5 millions d'euros.

Dans les projets historiques, la réalité augmentée permet de trouver près de soi, par géolocalisation, des éléments ayant une valeur culturelle. Elle permet aussi de faire apparaître des informations complémentaires : textes, vidéos, schémas, commentaires audio, bruitages... Et surtout, elle peut montrer ce qui a disparu (ruines, bâtiments détruits ou redimensionnés...) grâce à la réalité virtuelle, c’est-à-dire une représentation en 3D ultra-réaliste.

« La qualité de la restitution en 3D et la réalité historique sont les éléments essentiels », insiste Mehdi Tayoubi, directeur Stratégie interactive de Dassault Systèmes. Pour preuve, l’histoire de Paris, de la préhistoire à nos jours, va s’afficher sur nos écrans de télévision (sur Planète+ en octobre 2012, avec un docu-fiction de 90 minutes et 4 docs de 52 minutes). Réalisées par Dassault Systèmes, les vues 3D seront également visibles sur des tablettes iPad, pour agrémenter une promenade historique dans la capitale en réalité virtuelle et, à terme, s’enrichir de modules en réalité augmentée. (Le livre correspondant à cet événement « Paris, la ville à remonter le temps », édité par Flammarion, comporte d’ores et déjà des illustrations en réalité augmentée.)

« La réalité augmentée concerne aussi l’audio, comme le démontre la reconstitution sonore du banquet du couronnement de Charles Quint, le 23 octobre 1520, dans l'hôtel de ville d'Aix-la Chapelle. Réalisée sur iPhone par l’université d’Aachen, la méthode a également été utilisée dans Grenoble, ville augmentée » au travers de panoramiques avec audio spatialisé, explique Jacques Lemordant, spécialiste de la réalité augmentée dans l’équipe de recherche WAM, à Inria (Grenoble). L’équipe est également impliquée dans le projet européen Venturi (2011-2014), qui réunit plusieurs industriels (ST et institutions scientifiques (Inria Grenoble) pour donner à la réalité augmentée des capacités immersives encore plus grandes.

Le point commun de ces grands chantiers numériques est de réunir de vastes équipes d’historiens, de scientifiques, de spécialistes de la 3D pour des projets évoluant sur plusieurs années. C’est le cas de la Cathédrale d'Amiens en couleurs, qui fait apparaître le portail gothique de la Cathédrale en polychromie, telle qu’il y a près de 8 siècles (expérience de réalité augmentée sur le site). Et de l’appli Cluny Vision, qui permet de visiter l’Église Abbatiale Cluny III, aujourd’hui disparue, et d’examiner des statues en 3D sous l’angle voulu. Ce projet lancé en 2010 est notamment destiné à faire mieux comprendre les changements opérés entre l’époque médiévale et le XVIIIème siècle (projet Gunzo / Art et Métiers ParisTech). D’autres réalisations comme celle d’Angoulême, se construisent elles aussi au fil du temps...

À côté de ces réalisations « pharaoniques », on voit apparaître des initiatives plus modestes, notamment des scénographies de châteaux, abbayes, couvents... Avec l’application Ma Ville Avant, on peut voir en superposition des photos anciennes de la ville - Paris, Vancouver, Montréal, Barcelone, Metz, Toronto - se superposer à la vue actuelle. Parfois, l’idée est de redynamiser la ville : les vitrines de boutiques inoccupées de Sainte-Foy-La-Grande font surgir les œuvres de peintres, photographes et figures historiques locales (via l’application Whatwasthere). Autre outil de valorisation du patrimoine ouvert à tous, Monument Tracker permet d’en savoir plus sur des milliers de bâtiments historiques en France et dans le monde.

 

 

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