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Le 15.06.2012

Mettre en scène le virtuel

« L’exposition « XYZT, Les paysages abstraits » est une promenade dans une abstraction de la nature qui ne ressemblerait pas du tout à la nature réelle. Dans chacun de nos spectacles et nos expositions, nous essayons de déployer un numérique qui soit sensible et vivant », souligne Adrien Mondot pour présenter la démarche du tandem artistique qu’il forme avec Claire Bardainne.
Exposition XYZT - Champ de vecteurs - ®LaurenceFragnol

Pendant la visite de « XYZT, Les paysages abstraits », on est invité à toucher, caresser, mettre les pieds dans une eau virtuelle... Le corps du spectateur-promeneur est en jeu puisque, sur les 10 œuvres exposées, 8 sont interactives (du 14 au 30 juin, les Subsistances, à Lyon).

« Je viens de l’univers du jonglage et du théâtre de rue, après être passé par l’informatique et Inria : ce sont les mouvements, appliqués à des formes graphiques simples qui m’intéressent, poursuit Adrien Mondot, alors que Claire est plasticienne et scénographe, et construit des espaces imaginaires. Ensemble, on s’emploie à faire naître des territoires imaginaires avec les outils d’aujourd’hui ».

D’où une activité de développement d’outils numériques, afin de formaliser le déroulement d’un spectacle d’un point de vue informatique, ou de faire interagir des objets virtuels avec artistes ou spectateurs. « Au final, nous avons conçu un système permettant de définir les interactions et leurs évolutions au fil du spectacle », explique Adrien Mondot, « avec une grande part de modèles physiques pour la description de mouvement ».

Adrien Mondot est passé par un magistère à Inria, dans l’équipe de recherche Imagis, mais il souligne que pour ses recherches artistiques actuelles « l’informatique n’est qu’un outil de construction, un langage scénographique. Nous travaillons beaucoup sur des systèmes de projection d’images qui construisent un monde virtuel venant se superposer au monde réel - une sorte de réalité augmentée. Et nous essayons de placer des points de coïncidence entre ces deux espaces. Une architecture de lumière réactive ». Le monde sonore intervient aussi, ajoutant des possibilités d’interactions infinies...

Le numérique, nouvelle dimension de l’art théâtral

« Dans un environnement virtuel, quels sont les éléments qui servent le projet de narration et la mise en scène ? », s’interroge Rémi Ronfard, co-directeur de l’équipe de recherche Imagine, à Inria Rhône-Alpes. Pour aider les artistes à identifier les possibilités narratives, la volonté de Rémi Ronfard est de leur donner une prévisualisation en 3D de la scène. Une équipe de recherche est donc en cours de création afin de réaliser de nouveaux outils de narration 3D adaptés au théâtre, mais aussi au cinéma et aux jeux vidéo.

« En fait, la narration 3D se situe entre le cinéma et le théâtre. Au cinéma, les effets de volume et de profondeur sont différents de ceux du théâtre et, in fine, c’est une autre esthétique. Mais avec le relief, le théâtre revient en force dans le cinéma et le jeu vidéo, et ça change tout. Les outils actuellement utilisés au tout début de la conception d’une histoire, notamment de storyboarding, ne sont plus adaptés à la 3D. Nous voulons donc donner aux artistes la possibilité de faire des améliorations itératives du storyboard, notamment dans le cadre d’un plateau de tournage virtuel. Toute la difficulté est de manipuler un produit de l’imagination, c’est-à-dire quelque chose qui n’existe pas encore ! ».

Des réflexions et des collaborations expérimentales se sont donc engagées avec l’Institut de Recherche et d’Innovation (de Bernard Stiegler, au Centre Pompidou), et le théâtre des Célestins, à Lyon, pour apporter des outils de capture et de montage vidéo permettant de filmer les répétitions en haute définition, puis de refaire les cadrages en post-production.

« L’idée serait de donner au public la possibilité de participer interactivement aux répétitions et d’y naviguer. C’est une des expérimentations actuelles qui illustre le désir qu’a le monde du théâtre de trouver un espace d’expression adapté sur le web ». Rémi Ronfard réfléchit à ce que serait un espace de répétition virtuel, les plateaux n’étant pas toujours suffisamment disponibles pour faire des essais et des répétitions.

« Il y a une vraie effervescence dans le monde du théâtre autour des technologies numériques », conclut Rémi Ronfard. Prochaine étape : les réseaux sociaux pourraient être impliqués dans cette nouvelle relation de l’art théâtral avec le public...

 

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