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Le 17.04.2012

Le Web se réinvente un avenir à Lyon

C’est la conférence mondiale du web la plus cotée : le WWW2012 se tient pour la première fois à Lyon avec plus de 2000 participants pour cette 21ème édition. Autour du thème « Web and society », la présentation d’une centaine de communications scientifiques, et notamment l’intervention de Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web. A cette occasion, 6 acteurs du web - chercheurs en informatique, sociologue des usages, consultant spécialiste d’internet - nous présentent leurs visions sur les enjeux et risques du web de demain.
L'inventeur du web Tim Berners-Lee à Lyon le 16 avril 2012 pour la conférence WWW2012 - © Inria - Thierry Fournier

Les deux défis du futur : faire face au nombre croissant de données et à la complexité du Web en tant qu’objet.

Fabien Gandon, co-président de la conférence WWW2012, responsable de l’équipe WIMMICS à Inria, représentant d’Inria au W3C.

L’augmentation des interactions possibles est un sujet central, lié à « la diversité croissante des utilisateurs et des environnements qu’ils soient mobiles ou statiques » souligne Fabien Gandon. Ces interactions étant directes, c’est-à-dire s’effectuant via les terminaux classiques (ordinateurs, téléphones, tablettes), ou indirectes, via des objets et applications qui se connectent au Web.

Ce nombre croissant de données et d’interactions rend nécessaire l’amélioration de la sécurité des protocoles de communication et des langages de programmation. Quant à la complexité du Web, en tant qu’objet, elle impose que les usages soient abordés par des recherches multidisciplinaires associant sociologie, droit, philosophie, psychologie...

 

Nous allons vers un web plus riche et omniprésent car tout ce qui sera fait en ligne sera notifié automatiquement aux personnes que l’internaute aura sélectionnées… Tous nos faits et gestes seront relayés et archivés sur la toile. C’est une présence pervasive au travers du web social.

Frédéric Cavazza, conférencier, consultant spécialiste d’Internet et bloggeur.

Frédéric Cavazza ne semble pas redouter exagérément l’exploitation des données liées aux individus : « la vie privée est une illusion... J’ai coutume de dire que nous avons une ombre informationnelle qui est constituée de toutes les traces que nous laissons sur le web, mais bien malins sont ceux qui sauront les exploiter à des fins de ciblage marketing. »

Quant au Web social, il tend à se complexifier ce qui engendre de nouveaux besoins : « simplifier le web social en offrant une aide ou un accompagnement... et maîtriser son image sur les réseaux. »

 

Face au danger « big brother », il est désormais indispensable de penser Internet autrement du point de vue technique et d’opérer un changement majeur en privilégiant la décentralisation des données.

Anne-Marie Kermarrec, directrice de recherche Inria, membre de l’équipe Asap, et responsable du projet ERC GOSSPLE.

Il convient de viser un nouvel objectif : « faire disparaître les « autorités centrales » qui détiennent toutes les informations sur un individu. » nous avertit Anne-Marie Kermarrec. Ceci oblige à repenser les outils mis à la disposition du public. Par exemple, un moteur de recherche - outil centralisé et collecteur de données - pourrait se voir remplacé à terme par « une fonction capable d’associer différents services pour fournir la meilleure réponse possible ».

Il n’y a pas de point de passage obligé sur Internet, si l’on passe d’un « Internet piloté par des sociétés à un Internet centré sur l’utilisateur ». Et face à la croissance exponentielle d’Internet, il convient de « trouver des moyens pour optimiser la diffusion de l’information et la filtrer avec plus de pertinence ».

 

On est en train de passer d’un web de l’information à un web des connaissances. 

Serge Abiteboul, directeur de recherche Inria, titulaire de la chaire « Informatique et sciences numériques » au Collège de France.

« Un web mieux structuré et bien étiqueté permettra, à terme, d’identifier les sources d’informations dignes de confiance, d’obtenir une synthèse de recommandations ou de commentaires, voire d’analyser des sentiments exprimés. » précise Serge Abiteboul.

Pour atteindre ces objectifs, c’est-à-dire bâtir progressivement le Web sémantique, il est possible de « tirer parti de la masse d’information disponible pour produire des connaissances, des informations qui ont du sens. » Il s’agit donc désormais de créer et disposer d’outils « pour survivre dans un océan d’informations ».

 

Dans l’imaginaire des pionniers, le Web était un univers séparé du monde. Force est de constater qu’il s’est aujourd’hui intégré à la vie quotidienne. Vies réelle et virtuelle se mélangent de plus en plus. 

Dominique Cardon, chercheur associé au Centre d’études des mouvements sociaux (CEMS/EHESS), sociologue au Laboratoire des usages d’Orange Labs.

Dominique Cardon, nous alerte sur la massification du Web : chacun est devenu consommateur et producteur de contenu. Du coup, la vie privée de chacun se trouve exposée, susceptible d’être centralisée et analysée, ce qui présente des dangers : « Le risque n’est pas limité à la seule prise de contrôle par des entreprises... Il n’est pas difficile d’imaginer les dérives politiques qu’une telle situation est susceptible d’engendrer ». Il y a donc un nouveau risque, le risque de surveillance, qui se trouve déterminé « par le phénomène de surveillance interpersonnelle, notamment exacerbé par l’usage des réseaux sociaux ».

Le Web comme objet de recherche

En France, le Web est maintenant devenu un objet de recherche.

Alain Mille, co-président de la conférence, professeur d’informatique à l’université Claude Bernard Lyon-1, chercheur au LIRIS CNRS.

« Les utilisateurs créent la dynamique » et le Web est maintenant devenu un fait de société qui joue « un rôle croissant dans la démocratie et la liberté d’expression ». Au point de susciter le débat : « est-ce un nouveau Droit de l’Homme ? ». Cette question sera débattue lors d’une table ronde qui réunira Tim Berners-Lee, Neelie Kroes, commissaire européenne à l’agenda numérique et Gilles Babinet, ancien président du Conseil national du numérique.

Selon Alain Mille : « la France a doublé ses contributions en 2 ans : le Web est enfin devenu un objet de recherche, reconnu en tant que tel, notamment grâce aux projets européens ». Dans ce cadre « Inria un acteur historique du Web, en particulier via le W3C pour le développement des standards du Web. Ses chercheurs sont aussi particulièrement reconnus pour la qualité de leurs travaux sur le web sémantique, sujet qui prend de plus en plus d’ampleur ».

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