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Le 09.10.2012

De nouvelles rencontres, au croisement des rues et des réseaux sociaux

Nos futures rencontres vont surgir d’un double écheveau. Celui des rues, chargées de nos souvenirs et dépositaires de nos traces - désormais visibles en Réalité Augmentée. Et celui des réseaux sociaux, qui écrivent notre histoire dans le temps et, depuis peu, dans l’espace. Autant d’opportunités nouvelles qui bousculent notre culture de la distance... À condition que chacun garde le contrôle, dans son désir de s’afficher ou de se fondre.
Getty /Aidon

À quoi ressembleront nos rencontres demain, quand la Réalité Augmentée y apportera son grain de sel ? Cela pourrait tourner au cauchemar, comme le montre la vidéo Sight, dans laquelle un jeune homme utilise discrètement une application affichant des conseils dans ses verres de contact pendant un rendez-vous galant. Sa combine découverte, il décide d’exploiter les données confidentielles qui s’affichent sur la personne convoitée... « Les informations disponibles sur chacun de nous ne cessent d’augmenter : la vie privée va avoir de plus en plus de mal... à rester privée. Le risque est que la rumeur précède et altère une première rencontre », prévient Nathan Stern, sociologue, entrepreneur et ingénieur social. Car certains réseaux sociaux créent un récit de notre existence, sans que nous soyons toujours au courant. On peut ainsi se retrouver tagué sur des photos publiées sur Facebook ou faire l’objet de commentaires pas toujours exacts ou flatteurs. Les progrès rapides de la reconnaissance faciale pourraient prochainement compromettre notre anonymat et nous exposer ainsi à des rencontres plus ou moins sincères et satisfaisantes...

« Nous avons pourtant besoin d’objets et de services qui facilitent la rencontre, car la culture urbaine est une entrave importante », poursuit Nathan Stern. Les codes sociaux sont très contraignants voire oppressants : d’où la pauvreté des interactions « naturelles » avec nos voisins et a fortiori les personnes que l’on croise. Paradoxalement, la ville nous réunit en nous isolant les uns des autres. « La Réalité Augmentée est prometteuse dans la mesure où, au lieu de faire écran à la réalité comme la plupart des services numériques, l’écran sort dans la rue et vient enrichir notre connaissance du lieu ou de la personne », explique Nathan Stern. Par exemple, on pourrait savoir, en examinant la façade d’un café, s’il est fréquenté régulièrement par tel ou tel ami. Ou découvrir que l’on partage, avec telle personne présente, un excellent ami commun. Ou documenter le lieu avec une appli comme Wall It ou Wikitude. Les smartphones et tablettes proposent ces types d’applications et d’autres équipements apparaissent, tels les Project Glass de Google, les lunettes Vuzix et même des modèles holographiques.

Si l’association de la réalité augmentée et des réseaux sociaux peuvent compromettre la confiance, elles pourraient aussi la renforcer. « Des services comme eBay ou plus récemment comme Airbnb prouvent l’efficacité des technologies de la confiance. Or, la confiance c’est ce qui réduit les conflits et la violence sociale, ce qui accroît l’empathie et les possibilités d’échange. », souligne Nathan Stern.

L’avenir de la réalité augmentée appliquée aux rencontres repose largement sur la co-création et la créativité sociale. Car avec l’open source, la création de plateformes ou d’outils numériques a désormais un coût très faible. Chacun peut élaborer «sa» proposition de valeur, de rencontre ou de partage. Et celle-ci pourra se développer de manière organique si elle obtient le soutien du public. Culturelles, financières, techniques... toutes les barrières à l’entrée sont levées !

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