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Le 21.04.2017
Par :
Usbek & Rica

Devenez un digital champion : petit guide du management en entreprise à l'ère du numérique

[Copublication] Depuis le temps qu’on en parle, en 2017, cela ne fait plus guère de doute : le monde de l’entreprise a pris le train du numérique. Mais si l’uberisation, la disruption et les nouvelles technologies de communication changent les produits, les services et parfois même jusqu’au cœur de métier des entreprises, le digital a une autre conséquence, plus discrète car elle se joue en interne : il transforme la façon de manager.

Selon une étude de CapGemini intitulée “L’avantage digital : comment les leaders du numérique surpassent leurs pairs dans tous les secteurs”, les entreprises les plus investies dans la transformation digitale ont un taux de rentabilité jusqu’à 26 % supérieur à celui de leurs concurrentes. Et cette transformation touche aussi les managers. De plus en plus, dans ce qu’on appelle les “entreprises libérées”, on voit disparaître les modes de management intermédiaires. Inspirées par l'agilité des start-up et obligées d'innover pour recruter et fidéliser les talents, entreprises et administrations passent peu à peu d’un mode de management vertical, hiérarchique, traditionnel - “à la papa”, simplifieront certains - à un mode d’organisation en réseau, plus viral. Fini donc, le management à l’ancienne. Poussée à son paroxysme, cette nouvelle organisation suppose une disparition des services, et une entreprise structurée en “mode projet”.

Voici donc un tour d’horizon de quatre grandes tendances qui bouleversent l’organisation même des entreprises.

1 - Manager en mode Blockchain

La start-up BackFeed prône l’adoption de la technologie Blockchain jusque dans le management. Grâce à ce fonctionnement sans organe central de contrôle, la fiabilité d’un individu dans l’entreprise est déterminée par sa réputation plutôt que par son niveau hiérarchique. Les projets sont ouverts, autogérés, la gouvernance décentralisée, le système plus transparent (chacun peut consulter l’ensemble des échanges, présents et passés), ce qui favorise au final une vraie méritocratie grâce à une évaluation menée par les pairs.

Dans ces nouvelles organisations, le manager devient alors un facilitateur, un animateur de réseaux internes, davantage qu’un chef. À lui d’inventer son poste : il peut être Chief Happiness Officer comme le fut Laurence Vanhée, l’une des premières “CHO” au monde en 2010, avant de populariser l’idée dans Happy RH. Ou alors brand love manager, mojo manager, happy manager… La seule limite est celle de l’imagination.

2 - Manager en mode émotionnel

À une époque où le CDI tend à disparaître, l’enjeu n’est plus tant de recruter le collaborateur que de le fidéliser et de le faire adhérer à une “culture d’entreprise” diluée dans un mode de travail de plus en plus fragmenté par le télétravail et la “freelancisation” de la société.

L’innovation managériale majeure consiste donc à se soucier de l’“employee experience”. « C’est le management par les émotions, analyse Aude Sibuet, manager transformation et engagement durable au sein de l’agence Angie. Aujourd’hui, les managers doivent faire davantage confiance aux collaborateurs pour coconstruire avec eux les solutions à dérouler. » En mettant en place, par exemple, des jeux de société en interne ou des “pull-survey”, des questionnaires en temps réel qui viennent remplacer les grandes enquêtes de satisfaction traditionnelles.

3 - Manager en mode ouvert

Les modes d’organisation plus collaboratifs que l’on voit émerger dans la grande entreprise sont influencés par l’univers des start-up, jugées plus agiles. Et ils se développent grâce au numérique, qui permet au salarié de rester connecté à ses collègues via des réseaux sociaux d’entreprise comme Slack. Plus d’autonomie pour les salariés donc, et plus d’open innovation, d’intelligence collective. Corinne Chauffrut Werner, fondatrice et présidente de l’association les Hacktivateurs, préfère parler de corporate hacking : « C’est le refus du statu quo. Les collaborateurs ne sont pas des canards apprivoisés. Ils peuvent créer de la valeur ajoutée en contournant les règles existantes pour en créer de nouvelles, challenger l’existant : c’est de l’impertinence bienveillante. »

« Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous, ensemble  », disait Euripide. Les entreprises s’ouvrent, donc. Un peu. En permettant à des intrapreneurs de monter leurs projets ou en mettant en place des labs dans lesquels elles créent des écosystèmes favorables au développement de start-up. Mais cette apparente ouverture montre parfois ses limites. Lorsque les entreprises rechignent à ouvrir leurs données, par exemple. Ou lorsque la question de l’aide réelle apportée aux start-up se pose : les labs sont-ils là pour aider les jeunes pousses ou pour injecter du sang neuf dans des entreprises vieillissantes, et pour certaines quasi obsolètes ?

4 - Manager quatre heures par semaine

Le prochain horizon de la digitalisation du monde de l’entreprise, c’est la réduction du temps de travail. Car il n’y a pas que les métiers de l'industrie qui soient touchés par le développement des robots. Dans les bureaux, des assistants personnels de plus en plus perfectionnés et des logiciels toujours plus efficaces promettent de libérer les salariés d'un certain nombre de tâches, pour se concentrer sur le cœur de leur métier.

Une tendance qui appuie la quête très contemporaine de l'efficacité : si l’on est plus productif, on a besoin de moins travailler. Jason Fried, fondateur de Basecamp, se targue ainsi de travailler entre 10 et 40 heures par semaine. Le PDG de Patagonia, Yvon Chouinard, prône également plus de souplesse dans le temps de travail, avec le “management by absence”. Et l’entrepreneur Tim Ferris cartonne avec sa semaine de travail de quatre heures. Autant d’exemples répertoriés et analysés par Pierre Moniz Barreto dans son ouvrage Slow Business, ralentir au travail et détoxifier le temps professionnel. « Nous devons réintroduire de la lenteur là où il n’y en a plus, plaide ce chef d’entreprise, à la tête de la société immobilière qui gère l’Abbaye de Bassac. On peut rester à niveau équivalent voire supérieur d’efficacité avec moins d’heures de travail. » Et relâcher la pression qui pèse sur les managers en leur permettant de faire leur métier de manière plus humaine, ouverte et horizontale.

La fin du management à l’ancienne aurait-elle donc sonné ? C’est, malgré tout, trop tôt pour le dire. Les promesses de l’innovation managériale sont belles, mais il leur reste à passer l’épreuve du réel grandeur nature. La vie n’est pas si douce, l’organisation si consensuelle dans les start-up : burnouts, discriminations et pesanteurs hiérarchiques ne sont pas l’apanage des organisations traditionnelles. Ces dernières sont parfois même mieux équipées que les jeunes pousses innovantes pour identifier ces problèmes et y faire face.

Alors, adoptons pour ces nouvelles tendances managériales le mode agile” tant prisé par les start-up : laissons grandir les émergences, retenons les plus fertiles.

Une co-publication Inria - Usbek & Rica

5 gourous de l’innovation managériale à suivre

Au-delà des géants du Web comme Bill Gates ou des serial entrepreneurs comme Elon Musk, qui sont les gourous du management qui pensent la transformation numérique des entreprises ?

  • Brian Solis @briansolis
    Le numérique a fait émerger deux types de nouvelles stars : les youtubeurs et les influenceurs. Brian Solis appartient à la seconde catégorie. Cet analyste conseille des entreprises sur la transformation digitale, l’innovation et les nouvelles technologies. Et se décrit comme un “futuriste”.
  • Rachel Haot @rachelhaot
    En 2011, Rachel Haot a 27 ans et devient la première Chief Digital Officer (CDO) de la ville de New York. Cinq ans plus tard, elle met son réseau à profit en prenant la tête de la branche new-yorkaise de 1776, une société qui entend manager l’innovation et accompagner des start-up vers le succès.
  • Seth Godin @ThisIsSethsBlog
    Cet entrepreneur américain, ancien responsable du marketing direct de Yahoo, est devenu un auteur et conférencier à succès en popularisant la notion de “marketing par permission”, qui consiste à établir une relation de confiance avec les personnes ciblées. Un gourou très écouté.
  • Timothy Ferriss @tferriss
    Cet entrepreneur américain pourfend les longues journées de boulot au rythme infernal. Son livre The 4-Hour Workweek est un best-seller mondial dans lequel il conseille à qui veut l’entendre de ne travailler que quatre heures par semaine pour gagner sa vie, grâce aux nouvelles technologies et l'adoption de certaines méthodes de coaching. Tout le reste, c’est pour les loisirs et les voyages.

     

Crédits et légendes photos : image de couverture : CCO Public Domain, Pixabay

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