Sites Inria

Le 12.03.2013

Internet accessible à tous, vraiment ?

L’accessibilité des sites web est l’une des questions que soulève la semaine nationale des personnes handicapées physiques, du 11 au 17 mars. Le point avec Aurélien Levy, expert en accessibilité numérique.

Photo Wayne Large

Quel est le niveau d’accessibilité des sites publics français ?

Aujourd’hui on estime que plus de 90% des sites publics français ne sont pas conformes, malgré la loi de février 2005 et son décret d’application de 2009. Les pays d’Europe du Nord, l’Angleterre, le Canada ou les Etats-Unis sont mieux lotis, ce qu’on peut tenter d’expliquer par une crainte des conséquences juridiques des plaintes d’utilisateurs. Par comparaison, les associations en France semblent moins offensives, mais il est vrai qu’elles sont souvent subventionnées par l’Etat.

Qu’en est-il au niveau européen ?

L’Union Européenne compte environ 80 millions de personnes handicapées et 87 millions de seniors, pour lesquels l’accessibilité aux sites web publics peut poser problème. La Commission européenne a fait en décembre 2012 une proposition de directive relative à l’accessibilité des sites web d’organismes du secteur public. Cette décision était motivée par le constat que seul le tiers des 761 000 sites web d’organismes publics européens est pleinement accessible.

Vous avez travaillé récemment sur la mise en conformité du site de l’Elysée. Quel bilan faites-vous ?

Les équipes de Temesis ont travaillé sur la refonte du site de la Présidence de la République, pour améliorer son accessibilité. La première phase du projet s’est déroulée de septembre à décembre 2012. Elle a consisté à mettre en place le maximum de critères d’accessibilité, dans les limites des technologies actuellement employées sur le site. A ce stade, on peut considérer que nous avons prise en compte 90% des règles françaises, regroupées dans le Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations (RGAA). La prochaine étape va notamment consister à produire des contenus pleinement accessibles, par exemple des vidéos avec des sous-titres.

Comment peut-on mesurer et améliorer l’accessibilité des sites publics ?

Un premier aspect est le respect d’un certain nombre de règles techniques, comme celles préconisées par le RGAA. Le second aspect repose sur des tests, effectués par des utilisateurs en situation de handicap. Cette méthode est plus souvent utilisée dans les pays anglo-saxons. Elle permet d’avoir un retour d’expérience mais elle peut s’avérer plus coûteuse. On peut regretter que cette démarche ne soit pas plus souvent mise en place lors de la conception même d’un site, ou à l’occasion de sa refonte.

De façon plus générale, en dehors des sites publics, j’observe qu’il existe encore une tendance dominante en France, qui consiste à faire un site «pour soi», plutôt qu’à se plier aux exigences et aux habitudes des vrais utilisateurs. L’ergonomie ou l’utilisabilité du web n’est pas encore suffisamment entrée dans notre culture !

Mais pour la population des utilisateurs en situation de handicap, les enjeux sont souvent plus importants et les erreurs de conception encore plus pénalisantes. Elles obligent parfois à des déplacements alors que le service est censé les éviter. Quant aux paiements en ligne, des impôts et autres cotisations, il se révèle souvent difficilement pratiquable pour une personne malvoyante ou aveugle.

Qu’en est-il de l’accessibilité pour les sites web privés, et notamment pour les réseaux sociaux ?

Si un site de commerce ou un site bancaire, par exemple, n’a pas optimisé son accessibilité, il est généralement possible de trouver un concurrent mieux conçu : la concurrence joue dans le bon sens. Pour les réseaux sociaux, l’accessibilité n’est pas bonne. On peut donc constater que se développent des réseaux sociaux spécifiques, ce qui n’est pas idéal puisque cela crée un effet de ségrégation.

Facebook a introduit récemment quelques améliorations sur ses services mobiles. Il est vrai que les interfaces de téléphone mobiles sont moins riches et complexes que celles des sites Internet, ce qui facilite le travail d’amélioration de l’accessibilité. De plus, des produits aussi utilisés que l’iPhone et l’iPad ont été conçus d’emblée pour être employés par des personnes malvoyantes, ce qui facilite les adaptations.

L’accessibilité des sites web va t’elle se confronter à de nouveaux enjeux ?

Avec le vieillissement de la population, de plus en plus de gens seront concernés par ces problématiques, notamment celles liées à la malvoyance, à la motricité, aux capacités de concentration, etc. Cela n’est pas forcément très apparent aujourd’hui, parce que les personnes âgées n’utilisent pas Internet et les technologies numériques de façon aussi importante que les plus jeunes. Mais dans quelques années...

 

--

Photo : Screen par Wayne Large - licence CC BY-ND 2.0

Propulsé par