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Le 13.12.2012

Quand l’obsolescence programmée se fait reprogrammer

Ils l’ont fait : après avoir collecté près de 3 mètres cubes d’objets voués à la poubelle, les organisateurs* du Make It Up 2012 leur ont donné l’occasion d’une seconde vie ! Réunies les 8 et 9 décembre, 6 équipes de volontaires ont relevé le défi. Résultat : des prototypes d’un nouveau genre, mi-utiles mi-farfelus, comme ce grille-pain qui imprime des toasts**. Et au-delà, un exemple de ces mouvements citoyens qui luttent contre l’obsolescence programmée par les industriels.


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Pictoast, ou Générateur de toast connecté

Chaque Français jette chaque année entre 16 et 20 kilos de produits électroniques, selon l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (Ademe). Une situation préoccupante qui a poussé l’Ademe à enquêter sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques. Le rapport publié en juillet 2012 est accablant : moins de la moitié de ces équipements est réparé (44%). La faute à qui ? Sur le banc des accusés, les industriels, largement soupçonnés de pratiquer l’obsolescence programmée.

Parmi les nombreuses définitions de l’obsolescence programmée, celle retenue par l’Ademe provient de The Economist : « stratégie d’entreprise dans laquelle l’obsolescence des produits est programmée depuis leur conception. Cela est fait de telle manière que le consommateur ressent le besoin d’acheter de nouveaux produits et services que les fabricants proposent pour remplacer les anciens ».

« Dans l’électroménager, l’obsolescence programmée se manifeste, par exemple, par une courroie qui lâche au bout de quelques mois. Si la panne survient peu après la date de garantie, cela renforce la frustration et la suspicion des consommateurs », explique François Hanat, chargé de mission à Cap Digital et spécialiste de l’innovation.

Les produits high-tech, notamment les téléphones, pourraient revendiquer la palme de l’obsolescence programmée. Au point de mobiliser Benoît Hamon, ministre délégué à la Consommation, qui déclarait à 60 millions de consommateurs : « un renouvellement excessif des terminaux mobiles pose des questions environnementales et pèse sur notre balance commerciale ».

« Pour se donner un levier de croissance, les industriels créent sans cesse de nouveaux produits, quitte à ringardiser les anciens, sur le modèle de la mode vestimentaire. C’est ce que Schumpeter a appelé la « création destructrice ». Pour cela, ils se dotent de départements de R&D chargés de créer de nouveaux modèles et de nouveaux besoins. Leur objectif est de séduire d’abord une frange particulière : les consommateurs précoces (early adopters) », poursuit François Hanat. Pour exemple, la télévision 3D concerne surtout cette population à l’heure actuelle, avant peut-être d’atteindre une majorité de foyers.

Si les consommateurs précoces sont convaincus, et si les prix baissent, le produit se vendra avec succès à la majorité des acheteurs (early majority puis late majority). Viendront enfin les retardataires (laggards), réticents à l’innovation. Même s’il est parfois con testé, ce modèle marketing du « cycle de vie d’adoption de technologie » décrit bien nos comportements d’achats, notamment de produits high-tech. Comme le souligne la définition de l’obsolescence programmée retenue par l’Ademe, les industriels jouent sur du velours, et se renforcent de notre faiblesse : la consommation ostentatoire.

Changer les comportements individuels


Pour Stéphanie Bacquere, co-fondatrice de nod-A : « Il ne faut pas non plus stigmatiser tous les industriels. Les consommateurs, par leurs actes d'achat portent une grande partie de la responsabilité de ce système et de la solution pour qu'il change. Ils doivent réapprendre à considérer un objet pour son usage et non plus pour sa signification sociale et adapter leur comportement. Un produit durable est plus cher qu'un produit jetable. Qu'allons-nous acheter? ».

Pour réduire l’impact écologique de notre consommation, il convient donc de changer les comportements individuels ! Plein de courage, on apprendra donc à réparer son matériel grâce à un site communautaire comme Comment réparer ?. « On pourra aussi s’appuyer utilement sur les communautés et les outillages d’un Fab Lab ou d’un Fac Lab », recommande François Hanat.

C’est dans un esprit encore différent que s’inscrit l’initiative Make It Up de Nod-A. « Cette démarche vise à donner une seconde vie aux produit en amenant leurs utilisateurs à les recycler d’une façon particulière : c’est l’idée d’upcycling. On ne répare pas l’objet, on en crée un nouveau, avec un meilleur design esthétique ou fonctionnel », souligne François Hanat. Pour exemple, le Blend Up est un mixeur auquel on a ajouté des possibilités pour en faire un broyeur qui transforme le papier en matériel recyclé : c’est l’un des prototypes présentés au Make It Up.

Spécialiste des dispositifs d’innovation collective, Stéphanie Bacquere souligne : « Je crois beaucoup au financement des projets sur un mode mixte crowdfunding/ public/ privé. Le crowdfunding vient valider l'intérêt collectif et citoyen du projet, le financement public soutient les externalités positives pour un écosystème et la production de bien commun. Les partenaires privés viennent s'inscrire eux dans un dispositif de recherche et de développement mutualisé ». A noter enfin que Nod-A va publier un livre blanc en juin 2013 et veut prolonger cette aventure sur son site : à vos idées et rendez-vous l’an prochain !

 

*Ce premier Make It Up a été organisé par : Nod-AWeave AIRMakingSocietyWiithaareaDIYmatela FingCap DigitalPlaine Commune et la Ville de Saint-Ouen. Il a été financé par un mix public (Direccte pour un projet labellisé Grand Paris, Proxima Mobile, Cité des sciences), privé (Banque Postale), et crowdfunding.

**présenté au Make It Up, le Pictoast, ou Générateur de toast connecté, est le fruit des cogitations de l’équipe « Elises et les barbus ».

 

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