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Le 22.05.2013

Google, un exemple à méditer ?

Google est l’une des entreprises où il est le plus satisfaisant de travailler*. Parmi les raisons invoquées pour expliquer cette belle réussite, il y a l’apprentissage de la méditation. Faut-il y voir une solution aux problèmes de stress numérique qui affectent tant de monde ? Oui, mais pas seulement répondent les scientifiques...

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© olly - Fotolia.com

*  « 100 best companies to work for » (magazine Fortune).

«Search inside yourself» : chaque année, les salariés de Google sont invités à suivre cette célèbre formation à la méditation, animée par Chade-Meng Tan. Mais en quoi peut-elle être utile à ces esprits brillantissimes ? Surtout à réduire leur stress. Car le scientifique qui a largement inspiré ce programme - Jon Kabat Zinn, professeur de médecine à l’université du Massachusetts - est l’inventeur de la Mindfulness Based Stress Reduction (MBSR ou de «réduction du stress par la méditation de pleine conscience»).

Cette méthode regroupe quelques techniques simples qui visent à rendre l’individu pleinement attentif aux sensations de l’instant présent (respiration, sons, position du corps...). Centrée sur le contrôle des mécanismes de l’attention, elle s’est d’abord inspirée des méthodes bouddhistes puis s’en est affranchie : la MBSR se trouve pratiquée aujourd’hui dans près de 200 établissements hospitaliers aux Etats-Unis. Au total, depuis près de 20 ans, les techniques de méditation ont inspiré des centaines de publications scientifiques et constituent un nouveau champ de recherche pour les thérapies cognitives. Ses effets positifs sur le stress sont avérés après un apprentissage de 8 semaines, à raison de 45 minutes par jour environ.

La réduction du stress au travail devient un enjeu majeur, et pas seulement chez Google. Pour preuve, le récent forum de Davos s’est donné le bien-être au travail pour thème : il donne l’occasion de rappeler qu’en France, on estime que le stress au travail coûte annuellement quelque 60 milliards d’euros (selon Xavier Bertrand, en 2008). Pour le Bureau International du Travail, le coût économique du stress atteindrait en effet jusqu’à 3 à 4% du PIB des pays industrialisés. Dans ce cadre, le stress dû aux outils numériques joue un rôle important puisque, à cause d’eux : «l’individu se maintient ainsi dans un état d’hyper-vigilance, tantôt stressé tantôt stresseur, et ne fait plus la différence entre l’urgent et l’important», comme nous l’explique le psychiatre Patrick Légeron (Stress numérique : quelles limites pour le travail ?).

Le résultat du stress numérique sur l’individu ? Au quotidien, une surcharge cognitive qui se traduit par un désagréable «sentiment d'avoir travaillé mais de n'avoir rien fait, de n'avoir rien fini ou concrétisé», suivant l’analyse faite par Christian Licoppe, professeur de sociologie à Télécom ParisTech.

«On accuse souvent le monde moderne de nous encourager à la distraction, mais en réalité, le problème a toujours existé, et des méthodes comme la méditation ont été mises en place en Asie, il y a plus de 3000 ans, pour faire face à ce problème de distraction. Des techniques comme la méditation peuvent-elles nous aider à gérer notre environnement informationnel contemporain ?» s’interroge Alex Pang, du Peace Innovation Lab à Stanford, avant de proposer une solution... toute numérique : l’informatique contemplative. Dans ce nouveau domaine de recherches, on considère que des solutions au stress pourraient naître du dialogue entre les sciences numériques et les techniques contemplatives (lesquelles sont précisément centrées sur le développement de l’attention). Une piste similaire ou complémentaire, celle du conscious computing ou slow web, se concentre sur les stress liés à Internet, en proposant parfois des solutions radicales (comme la déconnection, avec Freedom, ou la visite de votre boîte email seulement 2 fois par jour, avec Calm Your Box).

Concrètement, selon Alex Pang, l’informatique contemplative se propose de trouver comment utiliser les technologies de l’information et les médias sociaux de façon à ce qu’ils ne soient pas seulement des sources de distraction et de sollicitations permanentes mais, au contraire, qu’ils nous aident à être plus pleinement attentifs, concentrés et créatifs. Sur Internet, les applications pour smartphones et tablettes sont de plus en plus nombreuses, telles que Buddhify, Insight Timer, Méditation, ou Buddha’s brain. Il est même possible de participer à des expérimentations, suivant la tradition du quantified self. En France aussi le mouvement est lancé, comme l’illustrent les travaux de recherche d’Antoine Lutz, à Inserm Lyon, centrés sur l’impact des thérapies méditatives sur la dépression, ou le développement de PME innovantes, telles que Symbiofi (dont le partenaire scientifique est le CHRU de Lille).

Finalement, l’ensemble des recherches menées au niveau international suggère que la sagesse à l'ère digitale n’a rien d’impossible, bien au contraire. C’est même une piste de réflexion pour les entreprises - Google en tête - qui se sont réunies à la dernière conférence Wisdom 2.0 pour inventer l’entreprise du futur!

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