Avez-vous trouvé cet article étonnant ?
Le 24.03.2013

Tuberculose : la résistance s’organise sur le Web

Chaque minute, plus de 3 personnes décèdent de la tuberculose dans le monde. Des formes multi-résistantes aux traitements se développent. Pour lutter contre ce fléau, un vaste programme mondial de recherche collaborative a été lancé il y a 4 ans : l'Open Source Drug Discovery, qui réunit sur Internet plus de 7000 scientifiques et participants du monde entier !
0
© darkhriss - Fotolia.com

L’Inde est le pays le plus affecté par la tuberculose, où elle tue près de 1000 personnes par jour. L’Open Source Drug Discovery (OSDD) est une initiative indienne pour s’attaquer à cette maladie, ainsi qu’au paludisme (malaria) et à la leishmaniose. En ce qui concerne la lutte contre la tuberculose, dont le 24 mars est la Journée mondiale, des efforts de recherche considérables sont rendus nécessaires par le fait que les bacilles de Koch sont de plus en plus résistants aux antibiotiques ! Or, le traitement d’une tuberculose multirésistante est très long (2 ans), son coût élevé (100 fois le coût d’un traitement normal) et ses effets secondaires plus marqués.

L’OMS estime qu’en 2008, environ 440 000 cas émergents de tuberculose multirésistante (ou Multidrug-resistant tuberculosis : MDR-TB) auraient pu être constatés dans le monde. Un peu moins de la moitié (48%) des malades MDR-TB traités l’ont été avec succès en 2009. Le Brésil, la Chine, l’Inde, la Russie et l’Afrique du sud représentent à elles seules près de 60% des cas de MDR-TB. En France la maladie serait en passe de devenir un problème de santé publique, après la découverte de quelques dizaines de cas de tuberculose ultrarésistante. Au niveau européen, les coûts de santé liés à la tuberculose atteindraient déjà les 750 millions d’euros annuels.

Des médicaments pour les marchés moins rentables


Dans les pays émergents, de telles maladies s’accompagnent d’une contrainte supplémentaire : les traitements doivent être très économiques. Malheureusement, au niveau mondial, le secteur pharmaceutique rencontre une difficulté croissante : des délais de recherche et développement très longs et des coûts devenus astronomiques. Typiquement, le temps de développement d’un nouveau médicament avoisine 15 ans et l’investissement est de l’ordre du milliard d’euros.

Or comme le souligne l’OSDD, les maladies tropicales affectent surtout les pays pauvres, ce qui ne garantit pas le retour sur investissement industriel. Conséquence regrettable, sur les 1556 nouveaux médicaments autorisés à être mis sur le marché entre 1975 et 2004, seulement 21 (soit 1,3%) l’ont été spécifiquement pour les maladies tropicales et la tuberculose, selon le DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative, organisation à but non lucratif mondiale de recherche et développement pharmaceutique.

Pour changer cet état de fait, l’OSDD a de grandes ambitions : elle est soutenue par le Council of Scientific and Industrial Research (CSIR), dont le président n’est autre que le Premier Ministre indien. L’OSDD réunit une communauté de chercheurs, d’étudiants, d’entreprises, et d’institutions de recherche du monde entier, telle la prestigieuse Royal Society of Chemistry qui vient de s’y joindre. Cette collaboration réunit près de 7074 participants, de près de 130 pays, autour d’une plateforme Internet et d’un puissant outil collaboratif appelé Sysborg 2.0.

La philosophie Open Source appliquée à la recherche pharmaceutique


L’OSDD a adopté les grands principes de l’open source, qui ont assuré le succès technique et la large diffusion de logiciels. Plus spécifiquement, l’OSDD suit les 6 lois édictées par l’Open Source Biomedical Research : The Synaptic Leap :

1 - Toutes les données sont ouvertes (publiées et réutilisables) et toutes les idées sont partagées
2 - Toute personne peut participer au projet, à tous les niveaux
3 - Il n'y a pas de brevets
4 - Les suggestions sont les formes de critique les plus utiles
5 - Une discussion publique a beaucoup plus de valeur qu’un email individuel
6 - Le projet est plus important que n’importe quel laboratoire de recherche, et il n’appartient à aucun d’eux. L’objectif est de produire un bon traitement de la maladie, par n’importe quel moyen, et le plus vite possible

L’équipe OSDD du CSIR va bientôt superviser les essais cliniques d’une molécule - la Pa824 - dont on espère découvrir l’efficacité contre la tuberculose. A Delhi, ces tests devraient impliquer de 250 à 300 malades MDR-TB. Cet essai clinique d’un médicament contre la tuberculose sera le premier en Inde fait par un organisme public.

Ajouter un commentaire

Propulsé par