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Le 02.05.2013

Arrêtez de regarder la 3D, prenez-en le contrôle !

Admirer une image 3D, tout le monde peut le faire. Mais pour interagir avec les objets qui s’y trouvent, cela devient beaucoup plus compliqué. Depuis peu, le grand public commence à entrer - à son tour - dans cet univers fascinant, grâce à des recherches comme celles de l’équipe Potioc, à Inria Bordeaux.


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© INRIA / Photo H. Raguet

«On ne demande pas à un ingénieur ou à chercheur s’il a envie ou pas d’utiliser une interface 3D. C’est son travail, donc il apprend à la maîtriser. Mais le grand public, lui, ne va entrer dans la 3D que s’il y trouve du plaisir !», explique Martin Hachet, qui dirige le projet Potioc (Popular interaction with 3D content), à Inria Bordeaux.

Mo-ti-ver : cela fait une grosse différence... «Notre idée est de permettre à chacun de devenir acteur et de s’emparer du média 3D. Concrètement, nous voulons permettre l’interaction au-delà d’une simple caméra qu’on déplace dans une scène», souligne Martin Hachet. Pour lui, le média 3D devrait apporter beaucoup à tous ceux qui cherchent à communiquer, explorer, exprimer des idées. «La recherche internationale s’est beaucoup concentrée jusqu’à maintenant sur les objets 2D : icônes, menus, boutons, pages web... Aujourd’hui, la nouvelle frontière, c’est l’interaction en 3D et nous en avons tous besoin», précise-t-il. Les domaines d’application semblent sans limites : création technique ou artistique d’objets, divertissement, apprentissage (sciences, techniques, art), communication, simulations en tout genre... «Mais pour cela, nous pensons qu’il faut rester sur des choses qu’on connaît dans la vie réelle, sans forcément aller vers des dispositifs complexes et réservés à des publics très spécialisés pour garder un contact avec la vie courante», ajoute-t-il.

3D préhistorique


Deux preuves «tangibles» en ont été données récemment au grand public, lors de l’exposition Lascaux. Le premier dispositif, appelé PapARt, permet de dessiner un objet qui s’affiche en réalité augmentée sur une feuille de papier. Par exemple, lors de l’exposition, le dispositif projetait sur la feuille des motifs et inscriptions gravés sur un bois de renne. «D’habitude, ces motifs sont assez difficiles à voir mais notre dispositif permet de contrôler la lumière sur l’objet 3D et de le manipuler de façon à les faire apparaître clairement. Ce qui s’obtient en déplaçant simplement la main au-dessus et sur la feuille de papier», explique Martin Hachet. Une prouesse technique rendue possible notamment grâce au Kinect qui «voit» la position de la main dans l’espace. Après avoir suivi et dessiné ces tracés sur une feuille de papier, le visiteur pouvait l’emporter avec lui.

Avec le second dispositif, Toucheo, le visiteur pouvait manipuler la réplique en 3D de silex taillés, dans le but de comprendre comment ces objets préhistoriques ont été fabriqués. «Un tel dispositif est bien adapté à la manipulation d’objets trop précieux ou trop fragiles pour être confiés au public, notamment à des enfants. Avec Toucheo, on observe l’objet avec des lunettes stéréoscopiques et on interagit manuellement avec une surface tactile positionnée juste en dessous des objets 3D qui flottent devant nous. On peut appliquer à l’objet manipulé des effets de loupe grossissante, ou faire apparaître en transparence des informations complémentaires». L’envie de prendre et d’apprendre se conjugue... Une performance rendue possible par la coopération qui s’est établie entre l’équipe Potioc*, la société Immersion, spécialiste des technologies 3D immersives et collaboratives et Cap Sciences, le centre de culture scientifique technique et industrielle de Bordeaux.

Interaction 3D pour tous


«Avec Cap Sciences, nous voulons continuer de développer ces outils d’interaction 3D, et les tester le plus tôt possible avec le grand public - considéré comme un acteur et non un simple spectateur. L’acceptabilité étant une dimension importante, nous sommes partie prenante du Living Lab de Cap Sciences, véritable terrain d’expérimentation et d’innovation collective», ajoute Martin Hachet, avant de souligner le caractère pluridisciplinaire de ces recherches qui mobilisent aussi des chercheurs en sciences cognitives : «Puisque nous voulons faire simple, c’est à nous, chercheurs, de prendre en charge la complexité !».

Et pour s’assurer du résultat, la piste actuelle est celle des interfaces cerveau-ordinateur : pour surveiller l’activité électrique cérébrale, et chercher à voir si - au moment de l’interaction - on arrive à détecter des phases de surcharge cognitive, des phases d’ennui ou d’intérêt, et même de plaisir et de relaxation», conclut-il. Pas simple de faire entrer les humains dans la 3ème dimension !

 

* Potioc est une equipe commune entre Inria et l'univ. Bx 1 / CNRS (LaBRI).

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