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Le 05.10.2012

Construire la ville ensemble ?

La réalité augmentée (RA) appliquée aux domaines de l’urbanisme et de l’architecture permettrait-elle aux citoyens de critiquer, comparer ou modifier des projets affectant leur espace de vie, d’en proposer des alternatives ou encore de présenter leurs propres projets ? J’esquisserai ici quelques-uns des enjeux de cet outil.
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Crédit : Solo - http://www.flickr.com/photos/donsolo/

 

Dans un avenir proche, le projet d’un bâtiment ou d’un aménagement public pourrait être visualisé, voir escamoté par un projet concurrent, dans son contexte et dans les conditions du réel par les usagers d’un lieu. Éduquer à lire des images toujours plus denses et complexes pour savoir les décrypter, ne serait-ce pas là la première condition à remplir par notre société pour engager des dialogues autour de ces images ? Les débats autour des représentations d’une architecture spectacle ne seraient-ils pas amenés à se poursuivre autour de rendus 3D en RA toujours plus réalistes ?

Rapidement évoqué, cet enjeu autour de l’image ne peut être éludé. Cependant, en urbanisme et architecture, mon hypothèse est de considérer que les enjeux principaux de la RA s’articulent autour de trois notions spécifiques à ce medium dans leur association : la participation, la coproduction des données et la superposition d’un ou plusieurs espaces abstraits à l’espace public.

Aujourd’hui, l’espace public de la ville peut être considéré comme l’espace à l’usage de tous. Si une partie de ce dernier est rendu accessible par l’utilisation d’un appareil numérique mobile, pourrions-nous toujours parler d’espace public ou d’une superposition d’espaces potentiellement en commun ? Quelles seraient les synergies à privilégier pour la création et la coordination de ce ou ces espaces et quelle serait la place des ateliers d’urbanisme et d’architecture en leur sein ?

Construire dans une ville nécessite la prise en compte d’une quantité de données chaque jour plus importante. À celles produites actuellement s’ajouteraient celles agrégées par des outils de RA : informations produites à la fois par les maîtres d’œuvre, les maîtres d’ouvrage, les politiques et les citoyens. Entrecroisant différents niveaux de lecture, quels seraient les outils d’analyse de ces données à développer pour en tirer parti ? Dans quels cadres pourraient-elles être exploitées par des ateliers d’urbanisme et d’architecture ?

Les réseaux d’internet ont rapidement donné à certaines initiatives citoyennes de transformation de l’espace urbain une ampleur internationale. En complément de cette visibilité, la RA semblerait pertinente à une échelle locale en rendant disponibles des données topiques en tout point de l’espace public. Celles-ci pourraient-elles mettre en valeur l’action citoyenne dans l’aménagement de son cadre de vie ? Pour engager la collaboration de tous, comment s’articulerait la RA aux autres dispositifs de médiation ?

Ces enjeux nous permettent d’entrevoir dans la RA un outil de réalisation de certains des nouveaux principes de l’urbanisme définis par François Ascher : urbanisme de dispositifs, réflexif, précautionneux, concourant, négocié… Elle n’en devient pas pour autant la condition nécessaire ou suffisante, plutôt une occasion de penser les pratiques de notre métier et celles de la démocratie.

Pour aller plus loin

  • La vision de Matsuda Keiichi, « Augmented city, » vidéo en 3D (lunettes rouge et bleue) sur son site personnel, explicite par l’image ce que pourrait être une ville augmentée, rêvée ou cauchemardée.
  • Le Projet « RealEyes » : un système qui permettrait de visualiser des maquettes numériques 3D, par un groupe d’étudiant de l’Epitech (2012).
  • Exemples d’initiatives citoyennes de transformations de l’espace public qui ont pris une ampleur internationale par l’intermédiaire du web : betterblock.org, guerrillagardening.org et parkingday.fr.

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