Avez-vous trouvé cet article étonnant ?
Le 02.10.2013

Le MOOC francophone passe à la vitesse supérieure : zoom sur ITyPa

Lancé en octobre 2012, ITyPA est considéré comme le premier cours francophone massivement diffusé sur Internet (MOOC). Bilan et perspectives de ce projet innovant avec l’une de ses fondatrices, Christine Vaufrey.


0
Photo : jrmllvr (CC BY-NC-ND 2.0)

*Christine Vaufrey est membre de l'équipe de conception et d'animation du premier MOOC francophone, ITyPA-1, rédactrice en chef de Thot Cursus, formatrice et conseil en formation.

 

Quel bilan faites-vous d’ITyPA-1 ?

Globalement, ITyPA-1 a été un succès ! Au total, il y a eu plus de 1400 inscrits, sans aucune publicité ni financements : cela a démontré un réel intérêt pour cette forme nouvelle de formation à distance.

Le projet qui s’est déroulé d’octobre à décembre 2012, avait deux objectifs : montrer qu’on peut faire un MOOC sans grands moyens et, surtout, donner un cours qui explique comment construire son environnement d’apprentissage personnel en ligne. Car apprendre avec les ressources d’Internet (ITyPA = Internet : tout y est pour apprendre) est possible et souhaitable, à condition de s’organiser et, de préférence, de ne pas le faire seul.

Plus précisément, dans ce cours, nous avons voulu transmettre deux compétences clés dans ce cadre : savoir où et comment chercher les ressources sur Internet, et apprendre à s’appuyer sur des personnes ayant les mêmes centres d’intérêt.

Quelle a été l’influence de cette expérience ?

Nous avons le sentiment qu’il a fait bouger les institutions et qu’il a participé à une ouverture de la société française sur le phénomène du MOOC - notamment dans les organismes de formation supérieure. Nous ne disposons pas de statistiques très précises mais nous estimons que notre public était composé à 60% d’enseignants et de formateurs, qui se sont inscrits principalement pour se familiariser avec ce nouveau format de cours en ligne.

Quand nous l’avons lancé en octobre 2012, il n’y avait pas d’offre française en matière de MOOC; elle existe maintenant, en septembre 2013. Dans cet intervalle de temps, les universités et grandes écoles se sont organisées. Les membres de l’équipe ITyPA ont été sollicités pour faire part de leur expérience et apporter un appui à la création de nouveaux MOOCs, voire de dispositifs globaux de MOOCs.

Quelle sera la rentrée des MOOCs en France ?

Plusieurs projets sont annoncés : il y a 9 MOOCs qui démarrent en septembre 2013, 6 de plus en octobre et 1 autre est prévu en décembre. Et ce n’est qu’une première volée de cours massifs qui s’ouvrent ainsi en ligne, en majorité provenant d’Universités. Parmi les nouvelles venues : l’Université de Lorraine, l’ENS de Lyon, la Sorbonne et l’Ecole Polytechnique... Telecom Bretagne quant à elle, reprend son cours sur les réseaux cellulaires déjà distribué au début de cette année.

 

Qu’en est-il de la formation professionnelle ?

La formation professionnelle publie ses premières offres. On remarque que les premiers à se positionner ne sont pas les gros acteurs de la formation pro, mais de petites structures agiles. Par exemple, on note l’ouverture d’un MOOC pour les entrepreneurs en octobre, mis en place par la TV des entrepreneurs. Il n’y a donc pas que les acteurs académiques, ni même les acteurs traditionnels de la formation, qui suivent ce mouvement.

A souligner aussi, comme l’a annoncé Thierry Curiale, l’ouverture prochaine d’une plateforme francophone de MOOCs, née du rapprochement entre Orange et le consortium Claroline. Cette plateforme sera ouverte à de nombreux acteurs et initiatives, et notamment aux acteurs non académiques comme celui de la formation professionnelle. Les universités ont déjà leur modèle et leur équipement, mais ce n’est pas encore aussi mûr en formation professionnelle.

 

Animateurs, élèves, étudiants, retraités et autres amateurs de savoirs... sont donc les bienvenus !

 

En quoi les MOOCs sont-ils en train de changer l’éducation ?

Jusqu’alors, et pour être un peu caricaturale, je dirais qu’en France il y avait ceux qui ont le droit de faire de l’éducation et ceux qui n’avaient pas ce droit. Avec les MOOCs, la frontière entre les deux groupes devient floue dans la mesure où de nouveaux acteurs non académiques s’invitent et devraient continuer de rejoindre ce mouvement.

On peut donc s’attendre à ce que des organismes qui ne font pas partie du paysage de l’éducation ou de la formation prennent place sur le créneau des MOOCs. C’est un changement significatif en France, où les acteurs non académiques ont toujours rencontré des difficultés à se faire admettre, notamment à l’école et auprès des Ministères !

A l’inverse, dans le monde anglo-saxon, beaucoup d’organismes (ONGs, fondations, journaux, etc.) proposent du matériel pédagogique et des cours. Et si les universités anglo-saxonnes sont à la pointe de l’engouement pour les MOOCs et produisent l’essentiel de l’offre, elles ne sont déjà plus seules : on trouve par exemple sur Coursera et sur FutureLearn (plateforme britannique de MOOCs, qui ouvre à la mi-septembre) des MOOCs dispensés par des musées. J’ai le sentiment et l’espoir qu’en France aussi, les MOOCs ouvrent le jeu à de nouveaux entrants et à de nouvelles dynamiques...

Enfin, et peut-être paradoxalement, c’est au moment où l’on parle de massification de l’éducation que les enseignants sont en train de revenir sur le devant de la scène du e-learning, alors qu’ils en avaient été écartés par les spécialistes techniques. Beaucoup se sentent capables de proposer et gérer un MOOC, avec une approche souvent personnelle et originale. C’est extrêmement positif, et j’espère que le dialogue entre pédagogues et techniciens va être fructueux.

Quels sont les objectifs d’ITyPA-2 ?

Nous allons effectivement renouveler l’expérience cette année avec une deuxième saison pour ITyPA, du 10/10 au 12/12 2013. Il s’agit cette fois d’améliorer notre modèle, après avoir reçu beaucoup d’encouragements et de suggestions de la part des internautes. On traitera donc du même sujet (apprendre à utiliser Internet pour apprendre, via la mise en place d’un environnement d’apprentissage personnel) mais, cette fois, avec un fonctionnement pédagogique amélioré.

Pour cela, nous allons introduire trois innovations :

  • le cours sera distribué sur plateforme (et non pas sur un simple site comme auparavant), avec pour avantage de rassurer les personnes qui ne souhaitent pas que leurs actions soient trop visibles sur le web. La distribution sur plateforme a un autre avantage : elle permettra aux organisateurs d’avoir des données statistiques plus précises,

  • nous allons travailler avec des partenaires qui organiseront des sessions de rencontre physique avec des participants, des « soirées ITyPA » d’entr’aide et de mutualisation de pratiques,

  • une certification des compétences acquises sera proposée, non pas sous forme de certificats mais grâce à des badges de compétence.

Au-delà des enseignants et formateurs, surtout intéressés par la dimension MOOC, nous espérons intéresser le grand public qui souhaite apprendre efficacement avec Internet. Animateurs, élèves, étudiants, retraités et autres amateurs de savoirs... sont donc les bienvenus !

 

 

Tout le dossier
«Comment le numérique change l’éducation»

Ajouter un commentaire

Commentaires

"Vivement intéresse par ce nouveau support de savoir et de formation continue
Je vis au Maroc et je souhaiterais accéder a cet espace
Merci"
Avertir le modérateur

Partenaires