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Le 19.10.2012

Comment faire cours à 100 000 personnes ?

« Un cours peut mobiliser plus de 150 000 personnes : la preuve a été faite. Pour que ce mouvement se développe encore, il faut forger de nouveaux modèles économiques et de nouveaux outils numériques », explique Jean Michel Cornu, directeur scientifique de la Fondation Internet Nouvelle Génération, Chief Visionary Officer de la plateforme Imagination for People, et membre du comité d’éthique d’Allistene dont Inria est partenaire.
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© Ideabug / iStockphoto

« Regardons les chiffres : le cours gratuit d’Intelligence Artificielle de Standfordpar  Sebastian Thrun et Peter Norvig a réuni en novembre 2011 160 000 étudiants en ligne et environ 300 en amphi. Près de 2000 étudiants ont présenté l’examen en ligne : cela laisse envisager un modèle économique viable, en ne faisant payer que la présentation à l’examen », explique Jean-Michel Cornu. Ce modèle économique est celui du freemium, bien connu dans l’économie Internet : le service est gratuit et l’accès à des services premium est payant. « Ce modèle freemium n’exclurait pas nécessairement les pays les moins riches. Rappelons que l’économie Internet a souvent prouvé que 3% des clients payants peuvent financer l’intégralité d’un service », poursuit Jean-Michel Cornu.

Les entreprises pourraient elles aussi amener des solutions économiques. « Des entreprises financent des universités pour identifier puis embaucher des talents. Si au lieu d’avoir 300 élèves, elles pouvaient en atteindre des dizaines de milliers, cela pourrait devenir très rentable. On peut déjà prévoir que les entreprises financeront d’autant plus des universités qu’elles offriront ce type de service ! », prévient Jean-Michel Cornu. « Et les entreprises de demain se feront une place en sachant travailler avec un très grand nombre d’intervenants (crowdsourcing), en créant de nouveaux modèles économiques, en formant et en faisant monter en compétence le plus grand nombre de personnes   possible. »

 Des réflexions autour de nouveaux modèles économiques vont être menées à Imagination for People, par le Groupe international francophone sur les modèles économiques. Imagination for People est une plateforme internationale multilingue, d’origine franco-québécoise, dont l’objectif est de repérer et de soutenir les projets sociaux innovants dans le monde entier. « C’est donc une sorte de wiki permettant d’identifier les bonnes idées pour mieux vivre ensemble. Nous avons monté des équipes de soutien et des formations pour accompagner les projets, notamment pour l’animation de communautés : nous étudions la possibilité d’en faire des MOOC », explique Jean-Michel Cornu. Ces MOOC permettraient d’aider les porteurs de projets à monter en compétence dans le domaine visé (Fabs Labs, tiers-lieux pour le co-working etc...) ou de développer des modèles économiques viables.

La montée en puissance et en efficacité des MOOC passera aussi par le développement de nouveaux outils numériques. « A Imagination for People, nous développons des outils numériques pour faire des débats. L’idée n’est pas de réinventer le Café du Commerce mais de structurer l’intelligence collective. Dans les MOOC, ils permettraient des débats en sous-groupes. Avec la Fing, nous avons testé la méthode développée par Imagination for People notamment dans le groupe « Innovation monétaire » de la Fing, qui réunissait près de 180 personnes. Nous espérons avoir l’outil début 2013 pour faire des débats, les cartographier, et faire produire des documents à plusieurs centaines de personnes. »

De tels outils sont nécessaires, d’autant que les MOOC se multiplient. Ils tirent leur nom d'une théorie de l’apprentissage, le connectivisme, qui fait (naturellement) l’objet d’un cours en ligne. Ces plateformes connectent les élèves pour qu’ils fabriquent ensemble des contenus et que le système soit décentralisé. A l’extrême, le C-MOOC peut évoluer jusqu’à ce que le professeur n’ait plus d’importance. Son rôle d’enseignant consistant plutôt à donner de bonnes bases initiales à un savoir particulier et d’être incitatif.

« En tant qu’observateur, je suis stupéfait de la prolifération de projets qui, a priori, n’avaient aucune chance de succès. Qui aurait dit, il y a seulement un an, que faire un cours à plus de 100 000 personnes était possible ? », interroge Jean-Michel Cornu. « Il serait bon d’arrêter d’écouter nos a priori, pour se mettre à l’écoute du reste du monde si l’on veut identifier les meilleures solutions. Le logiciel libre ou Wikipédia ont d’abord fonctionné et c’est seulement ensuite qu’ils ont été compris : l’intelligence collective va désormais bien plus vite que l’intelligence individuelle ! » 

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Commentaires

"Bonjour,

J’arrive à imaginer un modèle économique pour les Moocs en université comme vous le décrivez dans lequel seul l’accès à la certification serait payant.
Par contre j’ai du mal à voir comment le modèle peut s’adapter à la formation professionnelle continue dans notre contexte national. On peut aussi imaginer des accords Organisme de Formation / Entreprise qui permettent de former un grand nombre pour un nombre de postes limité dans l’entreprise, dans le cadre de la recherche de talents comme vous le décrivez. Donc des formations directement liées à l’emploi.

Auriez-vous identifié d’autres leviers que la certification et l’emploi pour le financement ? Les leviers de la certification et de l’emploi seraient-ils suffisants en FPC pour financer des Moocs ? L’objectif étant que le plus grand nombre ait accès librement à la formation même si elle ne leur permet pas d’obtenir la certification ou l’emploi visés.
"
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