Mais que fait un FabLab dans une fac ?
« Nous accueillons entre 15 et 30 personnes par jour au FacLab. Depuis notre ouverture en février 2012, plus de 2000 personnes sont passées. Le noyau d’utilisateurs réguliers est d’environ 150 à 200 personnes », explique Laurent Ricard, co-fondateur du projet avec Emmanuelle Roux. En Vendée, lui est entrepreneur, elle dirige une agence web. C’est donc d’abord en région qu’ils montent la Forge des Possibles, leur projet de FabLab à La Roche-sur-Yon. L’idée de départ est de rapprocher des jeunes, adeptes du numérique peu familiers du travail manuel, et des moins jeunes, souvent très habiles mais dont le talent a été éclipsé par les délocalisations...
Finalement, c’est à l’Université de Cergy-Pontoise, où ils pilotent une licence professionnelle « Web et web mobile », qu’ils trouvent des interlocuteurs réactifs : « nous avons rencontré François Germinet, aujourd’hui président de l’université, et nous n’avons pas eu besoin d’argumenter : il a vu immédiatement la pertinence du projet ». Le FacLab est monté en moins de 9 mois !
« En fait, jusqu’à maintenant, les étudiants de Cergy-Pontoise sont très minoritaires. Certains participants viennent d’autres structures d’enseignement nationales : écoles d’architecture, de design, d’arts plastiques... », précise Laurent Ricard. Mais des représentants d’autres disciplines commencent à venir au FacLab : des étudiants en droit intéressés par l’open source, des spécialistes des matériaux, etc. « Côté métiers, on voit passer des tourneurs sur bois, imprimeurs, ébénistes, informaticiens, designers, artistes... On est clairement plus du côté artisanal qu’industriel. Et puis on ne vient pas ici seulement pour faire mais aussi pour partager et découvrir. Ce n’est pas le matériel qui prime, mais plutôt l’ambiance et la qualité des échanges. »
Trois diplômes universitaires liés au FacLab ouvrent néanmoins au premier trimestre 2013, accessibles au titre de la formation professionnelle continue : Initiation à la fabrication numérique, Métier FabManager, et Créer et implanter un FabLab.
Initialement financé par mécénat, via la Fondation de l’Université de Cergy-Pontoise (pour les premières machines), le FacLab prévoit des sessions privatives payantes pour les entreprises et particuliers qui ne veulent pas partager leur savoir-faire. A ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure des FabLabs, le budget initial en matériel commence entre 30 et 50 000 euros pour une installation comme celle de l’Université de Cergy, mais peut être moindre pour un projet plus modeste. « Au travers de la Fondation de l’Université, Orange a mis de l’argent dans le projet, sans contrepartie. Pour un industriel, il est intéressant de suivre la dynamique d’innovation, les nouveaux objets et usages émergents, observer ce qui se passe dans le domaine du libre », analyse Laurent Ricard. A Gennevilliers, Olivier Gendrin, le Fab Manager est à plein temps et rétribué par l’Université. Des bénévoles de l’association et des utilisateurs assureront une permanence pour les horaires non couverts (matinées et week-ends).
"Nous créons du lien, de l’échange, une communauté"
Pour Julien Deprez, l’aventure au FacLab a commencé dès avril. A la fois technicien et artiste, il est diplômé en Génie Mécanique et Productique et en Arts Plastiques aux Beaux-Arts de Paris. « Avec mes partenaires, nous sommes en train de développer une imprimante 3D. Elle permettra notamment de réaliser des maquettes pour architectes. Nous avons quitté l’incubateur de ParisTech où nous manquions d’encadrement et d’équipements adaptés à notre projet, pour venir travailler au Fac Lab. Par ailleurs, des business angels liés à l’IAE de Paris nous aident à monter notre projet qui débouchera peut-être sur une création d’entreprise. »
Professeur de technologie dans des lycées parisiens à mi-temps, Julien est au FacLab deux jours par semaine et pendant les vacances. Après avoir longtemps travaillé chez lui, il apprécie l’espace et l’esprit convivial du FacLab. « En 3D, j’aide assez souvent les gens. Je peux aussi apporter mon conseil pour le choix des matériaux (bois, plastiques, PMMA...). Et j’aide les nouveaux arrivants à faire leur première découverte des machines. Cela permet à tout le monde d’aller plus vite. » Une attitude en phase avec celle d’Emmanuelle Roux et de Laurent Ricard : « Notre objectif n’est pas de construire un libre-service avec des machines. Nous créons du lien, de l’échange, une communauté ».
Du point de vue d’un utilisateur, quelles petites améliorations pourraient être apportées au Fac Lab ? Julien a identifié une première piste : « nous devons mieux documenter nos réalisations comme le veut la charte des FabLabs. Il m’est assez difficile de fabriquer ma machine et de la documenter en même temps. Je pense qu’il manque des outils de documentation plus simples que le wiki actuel ». Seconde idée de Julien : faire en sorte que des projets plus collaboratifs puissent naître. « Actuellement, chacun est sur son projet individuel. Il y a peu d’échanges et de visibilité sur les réalisations dans les autres FabLabs, bien qu’ils soient presque tous connectés par webcam », explique-t-il. Développer une interface dédiée aux FabLabs serait utile. L’appel est lancé !
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Pour en savoir plus
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- Plus de 20 000 créations sur Thingiverse, le site de partage d'objet designé grâce au numérique.
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Crédits photos : Ophelia Noor.  Licence cc-by-nc-nd.Â
Photos prises au Faclab pendant la journée d'initiation Arduino, le 4/12/2012 à Gennevilliers.


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