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Le 14.09.2016
Par :
Marine Loyen

MOOC : l’âge de raison

Les MOOC sont apparus aux États-Unis en 2012. On prédisait alors qu’ils changeraient à jamais le monde de l’éducation. Dans les faits, si la production académique peine à trouver son modèle économique, la formation s’intéresse de près à ces nouveaux formats.
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Qu’entend-on exactement par MOOC ("Massive Open Online Courses") ? Clément Lhommeau, directeur marketing de 360Learning, une startup qui propose une plateforme de formation digitale à des entreprises et auteur de MOOC. L’apprentissage à l’épreuve du numérique (FYP éditions, 2014), discerne plusieurs invariants. D’abord, comme leur nom l’indique, les MOOC sont ouverts à tous avec une inscription libre et les plus suivis peuvent réunir des milliers de participants. Ils sont également inscrits dans une temporalité : la session d’apprentissage a un début et une fin et les contenus sont délivrés progressivement, les apprenants formant ainsi une sorte de « promotion » virtuelle. Cette temporalité est la condition indispensable pour créer de l'attente et événementialiser le cours. Un autre invariant est l'aspect collaboratif des cours, grâce à des forums qui font émerger des interactions entre apprenants et enseignants, favorisant ainsi l’engagement de tous les acteurs. La vidéo en streaming est le format plébiscité : elles sont courtes, dynamiques et chacune permet d’aborder une notion bien définie. Enfin, pour évaluer la progression des élèves, le QCM reste la méthode la plus choisie, même si certains MOOC permettent de réaliser d’autres types d’exercices corrigés par les pairs par exemple.

Un produit d’appel

Mais le modèle des MOOC fondé sur la gratuité est difficilement tenable sur le long terme. Aux États-Unis où ils sont nés, l’une des plateformes les plus importantes, Coursera (50% de l’offre), a déjà rendu une partie de son contenu payant. France Université Numérique (FUN) s’est lancée dès 2013 et l’offre hexagonale représente aujourd’hui 7,5% de l’offre mondiale. « La très grande majorité des acteurs académiques publient leurs contenus gratuitement », analyse Benjamin Ninassi, responsable du pôle développement du service séisme de la DSI à Inria. Il a contribué à élaborer la plateforme FUN, qui dépend du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. En effet, les internautes sont habitués à bénéficier de contenu gratuitement. C’est pourquoi, pour de nombreux établissements, les MOOC sont devenus un produit d’appel, destiné à asseoir leur notoriété et celle de leurs enseignants. Mais la plateforme Coursera a abandonné ce principe pour asseoir un modèle payant : « elle fait intervenir des professeurs issus des meilleures université du monde et propose ses contenus en freemium. Un module payant est ajouté en fin de session, comme un droit de passage pour l’examen final, » explique Matthieu Cisel, qui consacre sa thèse aux MOOC. Celui qui a suivi le cours jusqu’au bout peut alors obtenir une certification, une sorte de badge à associer à son profil Linkedin. « Je pense que c’est un modèle très intéressant : dès que les cours sont payants, on apprend mieux et on est plus assidu, » constate Jean-Marc Hasenfratz, responsable du MOOClab d’Inria depuis 2015.

Les MOOC s’hybrident pour ne pas mourir

Le taux de complétion des MOOC (la proportion d’apprenants qui vont au bout de la session) est en effet très faible : il atteint en moyenne 13%. Ces MOOC qui devaient révolutionner le monde académique sont encore loin de remplacer les diplômes traditionnels et les cours en amphithéâtre. Et si les deux méthodes étaient en réalité complémentaires ? « On peut faire beaucoup de choses avec le digital, mais le digital ne peut pas tout. Certains apprentissages seront bien mieux acquis avec des sessions en présentiel, qui permettent de personnaliser l’enseignement », explique Jérémie Sicsic, confondateur de la société Unow qui édite des MOOC à destination de professionnels.

Le blended learning, ou apprentissage mixte, intègre plusieurs modes de diffusion du savoir. C’est une tendance qui pourrait bien révolutionner le métier d’enseignant : ici le MOOC est utilisé comme un support, intégré à une formation qui inclut également des séances en présentiel. « On pourrait imaginer que le temps passé en classe ou en amphithéâtre soit dédié à approfondir un enseignement dispensé par une sommité dans un MOOC  », imagine Colin de la Higuera, professeur à l’université de Nantes et chercheur. « Les étudiants regardent les vidéos à la maison, bénéficient de l’un des meilleurs enseignements possibles dans leur discipline et le professeur échange ensuite avec eux en classe. Le professeur se consacrerait beaucoup plus directement aux étudiants. » Clément Lhommeau parle quant à lui de "flipped classroom" : la classe inversée qui remet en question la verticalité de l’enseignement, pour favoriser des interactions avec le professeur. Une solution plébiscitée par Matthieu Cisel, avec une nuance cependant : « il faudra du temps pour mettre cette méthode en place, car notre système est pétri depuis des siècles par le modèle catholique du professeur qui lit son livre en classe. Nous aurons du mal à dépasser cette culture ».

Et si les MOOC nous rassemblaient IRL* ?

Clément Lhommeau (360Learning) a d’ailleurs remarqué que les apprenants avaient spontanément besoin de se réunir pour mieux apprendre : «  dans certaines entreprises, des gens organisent des pauses MOOC. Ils se retrouvent autour d’une session qui les intéresse pour s’encourager et travailler ensemble ». Sa société, 360Learning a contribué à concevoir un MOOC pour Colibris, une organisation qui a pour objectif de créer "une société écologique et humaine". Ce MOOC baptisé Concevoir une oasis, permet à des groupes de concevoir des projets qui leur tiennent à cœur. « Des dizaines de groupes se sont rencontrés comme cela et sont accompagnés par Colibris. » Le MOOC "Villes intelligentes : défis technologiques et sociétaux", une session conçue par Inria disponible sur la plateforme France Université Numérique (FUN). Coordonnée par Valérie Issarny et Nathalie Mitton, elle a connu un grand succès en 2015 et les équipes ont donc décidé de la renouveler en 2016. Elle fait intervenir 6 chercheurs d’Inria, pour 5 semaines de cours. Un succès qui a même échappé à ses créateurs, pour leur plus grand bonheur : « nous ne l’avions pas anticipé, mais des apprenants se sont regroupés spontanément pour suivre le MOOC. Il a une vie autonome et cela nous plait beaucoup », se réjouit Nathalie Mitton. Ainsi, l’association Lyon Numérique organise des réunions les lundis soir : « Hervé Rivano, l’un des enseignants, s’est proposé de venir répondre en direct aux questions que se posaient les apprenants. »

Demain : chacun son MOOC ?

Au MoocLab d’Inria, les ingénieurs sont en permanence à la recherche de nouveaux dispositifs technologiques pour améliorer l’engagement des apprenants et la qualité de l’enseignement. Ainsi, grâce aux progrès de l’intelligence artificielle, Jean-Marc Hasenfratz aimerait un jour pouvoir proposer  des MOOCS qui s’adaptent parfaitement à l’apprenant : « nous pourrions imaginer un dispositif qui permettrait, sur la base des réponses à un quiz par exemple, de proposer des séquences qui correspondent au niveau de l’étudiant ».

*IRL : In Real Life (en chair et en os)

Class’Code : un Mooc pour apprendre à apprendre le code

Par Colin de la Higuera

« L’enseignement du code sera de plus en plus essentiel. Plutôt que de mettre les enfants derrière un MOOC, mettons les enseignants et éducateurs. C’est l'idée qui nous a fait concevoir Class’code. Nous expérimentons le dispositif dans deux régions : PACA et Pays-de-Loire, où nous formons des animateurs et enseignants volontaires. Ce MOOC est découpé en 5 chapitres : ils peuvent choisir ceux qui les intéressent. Particularité du dispositif : les apprenants se rencontrent pour suivre les sessions ensemble. Ils pourront ensuite utiliser le matériel mis à leur disposition gratuitement pour enseigner le code et la pensée informatique à leurs élèves. Le format digital du MOOC nous permet d’avoir accès au plus grand nombre. » 

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