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Le 04.03.2013

Des entreprises françaises portées par la foule

« Nous voulons attirer davantage l’épargne des citoyens vers les fonds propres des PME ou la création d’entreprise. Parmi les solutions qui lèvent des milliards aux Etats-Unis, il y a le crowdfunding. » : cette petite phrase prononcée par Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l’Innovation, a été très remarquée en avant-première du Salon des Entrepreneurs. Le crowdfunding, littéralement « financement par la foule », ou système de financement participatif, cherche donc à s’organiser en France...

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Crédits : incase

Aux Etats-Unis, le crowdfunding soutient déjà des milliers d’entrepreneurs. Et ce n’est qu’un début puisque les sites de crowdfunding devraient lever 3 milliards $ en 2013, soit le double de 2011 (Deloitte TMT predictions 2013). Parmi les exemples de réussite sur Kickstarter - le site le plus connu mondialement - on remarque des levées spectaculaires : plus de 10,2 millions $ réunis en près d’un mois par environ 69 000 personnes, pour financer la réalisation d’une montre hi-tech, la Pebble, alors que ses créateurs recherchaient un financement de «seulement» 100 000$. Dans le cas de la console de jeu Ouya c’est près de 8,6 millions $ qui on été réunis par plus de 63 000 financeurs.

Du point de vue citoyen, ces plateformes de crowdfunding ont plusieurs avantages. Elles permettent de financer des produits, services ou entreprises qui correspondent vraiment à leurs besoins. Cette forme d’innovation ascendante, portée par les citoyens, leur donne la possibilité de faire émerger des projets plus en adéquation avec leurs besoins.

Des modèles très différents

En France, on compte quelques dizaines de sites de financement participatif, et malgré un vide juridique plusieurs se tournent plus spécifiquement vers le financement des entreprises : Wiseed donne la possibilité de devenir investisseur dans des start ups ou PME matures  à partir de 100 €, tandis que FriendsClear se présente comme une communauté de projets entre investisseurs et entrepreneurs. De son côté MaSuccessStory propose de devenir actionnaire investisseur, ou associé fournissant ses compétences, Anaxago permet de devenir actionnaire de start ups, avec un investissement minimal de 1000 €, alors que BulbInTown est voué au soutien d’activités commerciales de quartier…

On le voit, les solutions de crowdfunding diffèrent encore beaucoup et chaque plateforme cherche à renforcer son modèle. Alexandre Boucherot présente celui de Ulule, plateforme européenne qu’il a cofondé et qui a financé plus de 1600 projets : «sur Ulule, la logique à l'oeuvre est celle du "crowdfunding reward based", c'est à dire sans contreparties financières. Il n'y a pas de prise de participation des internautes, le porteur de projet reste entièrement maître de son projet». Une formule qui ne transforme donc pas le schéma actionnarial traditionnel, mais qui engendre « une dynamique qui peut avoir des incidences fortes sur les business models des projets financés, dans la mesure où elle bouscule la chronologie classique financement - commercialisation ». Bel exemple de réussite, celle d'Electree une innovation produit financée à hauteur de 60.000 € récoltés pour en lancer la fabrication... L’économie sociale et solidaire peut aussi trouver des financements dans le cadre du crowdfunding, comme l’a démontré le mutiservice d’aide aux parents Happy Families.

Pas de contreparties financières non plus chez KissKissBankBank, autre plateforme d’origine française. L’objectif est de réunir des fonds pour réaliser ses idées ou projets créatifs. Il s’agit généralement de projets culturels - films, reportages, photographies, magazines... - ou de plans d’action écologique ou relevant de l’entrepreneuriat social. Les contributeurs à un projet ayant généralement accès à diverses contreparties à la mesure de leur investissement qui est de 45 euros en moyenne.

Une volonté de réglementation

En France comme aux Etats-Unis, il est aujourd’hui impossible de tracer une cartographie de ces plateformes de financement, tant elles sont différentes. Ce marché en pleine effervescence cherche ses standards : pêle-mêle, on y pratique le don, le pré-achat, la co-création du produit ou du service (crowdsourcing ou innovation ouverte), la prise de participation, le reversement de contreparties financières ou symboliques... D’où une volonté de clarification, qui a amené le collectif FinPart formé de nombreux acteurs français du crowdfunding à rédiger un Livre Blanc, plaidoyer et réservoir de propositions pour un nouveau cadre réglementaire du financement collaboratif.

Heureuse initiative car, comme le souligne Alexandre Boucherot : « la question du financement en fonds propres revient souvent chez certains porteurs de projets. Nous réfléchissons donc depuis un moment à un second service, entièrement dédié. Nous lançons d'ailleurs ces jours-ci une consultation pour mieux comprendre les attentes des entrepreneurs et de notre communauté sur le sujet ». Voilà qui devrait faire plaisir à Fleur Pellerin.

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Photo : Peelander Z par euthman, sous licence (CC BY 2.0)

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