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Le 01.02.2013

Voir Lascaux à Chicago

Comment montrer Lascaux au monde entier ? En créant une expo itinérante, légère mais saisissante de réalisme grâce aux technologies numériques. C’est le pari réussi en Aquitaine par des équipes de scientifiques, d’artistes et de techniciens. Après une avant-première à Bordeaux, l’expo a été mise en caisse, prête à partir. Première étape de ce périple international : le Field Museum de Chicago, du 19 mars à mi-septembre 2013.

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©Denis Nidos / Conseil général de la Dordogne

On connaît l’histoire : en 1940, quatre adolescents découvrent une grotte qu’on appellera Lascaux. Ils préviennent leur instituteur qui fait intervenir l’abbé Henri Breuil, expert des peintures rupestres. Plusieurs centaines d’animaux sont peints sur les parois de pierre... Exceptionnelle, la grotte est rapidement classée Monument historique et sera ouverte aux visites en 1948. Mais elle se dégrade et André Malraux en décide la fermeture en 1963, après qu’un million de visiteurs venus du monde entier aient pu l’admirer.

Classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco, il faut pourtant qu’un vaste public continue de découvrir cette « chapelle Sixtine de la préhistoire », selon la formule de l’abbé Breuil. Dans ce but, le Conseil général de Dordogne lance en 1983 un programme de reproduction grandeur nature de la Salle des Taureaux et du Diverticule Axial. Puis le rêve de « faire voyager » Lascaux dans le monde entier s’impose progressivement, avec le progrès des technologies numériques...

Balayé par un rayon laser, le relief des parois est mesuré avec une précision millimétrique. Plusieurs milliards de points lumineux sont générés, puis figurés dans une représentation en 3D. Cette technique est utilisée pour scanner les cinq parois montrées dans l’exposition, jamais reproduites jusqu’alors, et situées dans la Nef et la scène du Puits. On peut ensuite créer un « voile de pierre » c’est-à-dire un fac similé, en résine, de ces parois. Celui-ci est finalement recouvert d’une substance minérale imitant celle de la grotte. Le travail des peintres commence alors, assez proche des techniques de l’époque puisqu’il consiste à déposer des pigments minéraux avec brosses et pinceaux. Cerfs, aurochs, ours, rhinocéros et félins retrouvent leurs couleurs d’origine...

Les visiteurs de l’exposition pourront donc admirer ces 5 parois, parfaitement fidèles à celles d’origine. Ils pourront également voir un film en 3D, ainsi que des objets reproduits par moulage, et des animations multimédias sur écran. Lors de l’avant-première à Bordeaux, même l’éclairage de la grotte a été reproduit, avec des lampes à huile et des torches, pour retrouver l’ambiance du lieu, tel qu’il a été vu il y a plus de 20 000 ans par ses premiers peintres.

Artistes, chamanes, chasseurs... les interprétations scientifiques ont été nombreuses depuis la découverte de la grotte et les controverses sont encore d’actualité. Plus de 600 animaux, près de 500 figures géométriques, des sexes d’hommes et de femmes, seulement quelques représentations humaines. Certes l’imaginaire du peuple des cavernes sera désormais exposé aux yeux de tous mais son âme garde sa part d’ombre...

« L’exposition Lascaux a suscité l’enthousiasme des directeurs de musées américains que j’ai rencontrés », souligne Olivier Retout, Directeur du projet Lascaux exposition internationale au Conseil Général de Dordogne, et organisateur de son itinérance. « Ils comprennent immédiatement que, d’une certaine manière, Lascaux est un des premiers musées du monde. Et le fait de montrer ces œuvres rupestres dans toute leur réalité, grâce à nos fac-similés en grandeur nature, est la seule manière de restituer la façon dont les artistes ont utilisé visuellement chaque relief de la grotte ».

Dans quelques jours, l’exposition partira du Havre, emballée dans 12 containers. Destination Chicago, où elle restera jusqu’à mi-septembre 2013, puis l’exposition ira au Musée d’Histoire Naturelle de Houston, au Centre de Sciences de Montréal, à Denver, au Californian Academy of Sciences de San Francisco, avant de voguer vers l’Australie, la Chine, le Japon et la Corée...

 

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