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Le 15.05.2012

Ce que vous ne verrez pas à Cannes

Des films 3D aussi différents que « Avatar » de James Cameron et « Hugo Cabret » de Martin Scorsese, ont pourtant un point commun : ils ont été filmés 2 fois. La première version n’a pas été montrée au public : elle était réservée aux réalisateurs et aux équipes techniques de ces films à grand budget. Un tournage avant le tournage, une sorte de maquette du film plan par plan, complet et en 3D, réalisé grâce aux techniques de prévisualisation !
© Getty

Le principe de la prévisualisation est simple : toutes les scènes, les décors et les acteurs sont réalisés en 3D, sous une forme très simplifiée, puis le film est entièrement tourné sur ordinateur. Chaque scène fait l’objet de modifications, jusqu’à convenir aux décideurs, et c’est ensuite que le travail sur le « vrai » tournage peut commencer.

Pour Hugo Cabret, il fallait créer une représentation en 3D d’une gare parisienne - inspirée à plus de 90 % de la Gare du Nord - mais jusqu’où pousser le réalisme ? Au cinéma, celui-ci a un coût élevé et impacte fortement sur les délais de réalisation. La solution consiste à prévisualiser en 3D et à observer sur quelle partie de l’image l’œil et l’action se focalisent : c'est là qu’il faudra apporter le maximum de réalisme. La prévisualisation « a fait économiser 10 millions de dollars sur le tournage de Star Wars III », comme le confiait déjà George Lucas au Washington Times.

Plusieurs sociétés se sont spécialisées dans la prévisualisation, comme Halon (John Carter), The Third Floor (Men in black 3) ou, en France, Parallell Cinema. Pourtant, cette technique est accessible au grand public, et permet de tourner des machinimas - lesquels constituent un genre cinématographique à part entière. Une communauté francophone s’est organisée autour de ce thème et de logiciels accessibles. Et de nouveaux accessoires, tel le Kinect, viennent simplifier les difficiles opérations de mise en mouvement des acteurs virtuels.

Autre technique révolutionnaire - pour les réalisateurs mais invisible au public - l’utilisation de la réalité augmentée pour les fonds verts. Au moment du tournage, le défaut habituel de cette technique est que le décor (qui sera ultérieurement incrusté à la place du fond vert) doit être imaginé par le caméraman, ce qui ne simplifie pas sa tâche et conduit à des erreurs. Avec la technique de réalité augmentée, l’écran de contrôle de la caméra révèle en temps réel le décor 3D et le caméraman peut s’y déplacer en toute liberté.

Voir son film avant de le tourner

Les techniques de prévisualisation sont l’une des pistes explorées par l’équipe de recherche Mimetic à Inria (Rennes). « L’idée est d’offrir à un réalisateur de film l’ensemble des options qu’offre naturellement une scène », explique Marc Christie, enseignant-chercheur dans cette équipe. « En pratique, le point de départ est une scène telle que, par exemple, le dialogue entre deux personnages dans une salle de café. Dans un premier temps, les principaux éléments qui peuplent la scène sont figurés en 3D : murs, bar, chaises, verres, bouteille, personnages, éclairages... Ces éléments sont réalisés grâce à des outils logiciels classiques (Maya, 3DS-Max...), sans chercher à obtenir un niveau de réalisme poussé - et sans placer les caméras virtuelles dans la scène, comme il est d’usage. »

Seconde étape : le logiciel Director’s Lens d’Inria va proposer une suite de plans. Pour cela, il s’appuie sur la grammaire cinématographique classique (plan large, rapproché, américain, over the shoulder...), laquelle détermine les possibilités de placement des caméras. De plus, ces plans ont des propriétés intrinsèques, bien connues des cinéastes (un dialogue intimiste sera généralement filmé avec des plans rapprochés, par exemple). Sur ces principes, le logiciel Director’s Lens crée, à l’aide de techniques d’intelligence artificielle, sa suite de plans en essayant de coller le plus possible à la ligne narrative du scénario et en respectant les règles classiques du montage (pas de plan serré immédiatement après un plan large, par exemple).

« Au final, le réalisateur trouve mis à sa disposition plusieurs options qui lui permettent d’explorer rapidement les multiples façons de filmer la scène suivant les canons en vigueur. Rien ne l’empêche ensuite de briser les règles... », souligne Marc Christie.

Autre technique complémentaire développée par l’équipe, la caméra « virtuelle-réelle ». Il s’agit d’une carcasse de caméra, manipulable par un caméraman. Sur l’écran de cette fausse caméra s’affiche la scène 3D telle qu’elle serait vue si la caméra se trouvait ainsi placée dans la scène. Cette caméra est alors couplée avec le logiciel Director’s Lens pour explorer et modifier les plans proposés. Les mouvements de la caméra, guidée physiquement par le caméraman, sont enregistrés de façon réaliste (trajectoire, vitesse, tremblements, effets de mise au point...). Pour Marc Christie : « ces outils simples et puissants permettent au réalisateur de se concentrer sur l’essentiel : cultiver sa différence ! ».

 

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