Avez-vous trouvé cet article étonnant ?
Le 28.02.2013

L’agriculture urbaine, fertilisée par le numérique

A quoi ressemblera le paysage agricole de demain ? On peut imaginer deux univers : celui des campagnes, où quelques hommes et robots suffiront à assurer une production élevée, et celui des villes, où une myriade d’individus hyper-connectés se répartiront la production et la distribution de fruits, fleurs et légumes provenant de micro-parcelles cultivées localement.

0
Crédits : Maker Media

Dans les grandes villes, les premières fermes urbaines sortent de terre... ou plutôt commencent à fleurir les toits. La plus grande d’entre elles, Brooklyn Grange, couvre près d’un hectare à New York. Un nouveau projet de grande envergure vient d’être lancé dans le quartier d’Harlem : le Sugar Hill Housing, dont la livraison est prévue en décembre 2013. Il abritera une centaine d’appartements à loyers modérés. A Paris, un potager urbain expérimental s’est installé sur les toits d’AgroParisTech. A travers ces projets, les grandes villes testent la possibilité de rapprocher les lieux de production agricole et de consommation, c’est-à-dire de réduire la facture énergétique et l’empreinte écologique.

Des plantes bien surveillées par l’Internet des objets

L’optimisation de nombreux paramètres est donc le grand challenge de l’agriculture urbaine. Dans ce domaine, l’Internet des objets a son rôle à jouer : grâce à lui, les plantes peuvent en quelque sorte exprimer leurs besoins en eau, lumière, chaleur... et parfois déclencher une alerte ou une opération particulière, un arrosage par exemple, sans gaspillage.

Il existe donc de nombreuses réalisations ou projets de sondes électroniques communicantes. Pour exemple, le projet « Brains for your garden », vient de trouver un financement participatif sur Kickstarter. Ce projet open source utilise des petites sondes électroniques et des stations de contrôle pour optimiser la croissance des plantes grâce à des phases successives d’observation, d’analyse et d’expérimentation des paramètres. Les données peuvent être recueillies sur smartphone, ou partagées avec d’autres utilisateurs sur Internet. Ce croisement des connaissances offre une chance supplémentaire d’avoir de belles plantes.

Permaculture, l’indispensable communauté de savoir

Pour l’avenir de certains domaines de l’agriculture urbaine, où les principes de la permaculture peuvent s’appliquer, l’échange de connaissances via Internet est un enjeu crucial. Il s’agit de sauver et de développer un patrimoine de savoir faire locaux, pour les appliquer dans d’autres régions du monde, parfois à grande échelle. Comme l’explique Michaël Thévenet, spécialiste du web et passionné de permaculture : « Cette “science du design” d'écosystèmes autosuffisants puise dans les savoirs traditionnels et dans l'expérience des autres permaculteurs. »

« Par essence, les personnes intéressées par la permaculture vont chercher quantité de ressources à travers tous les canaux disponibles : forums, blogs, listes de discussion, flux RSS, sites web, sites communautaires... Cependant, même si le mouvement a démarré à la fin des années 70, les ressources sont aujourd'hui assez fragmentaires et l'effort de structuration, naissant, est encore insuffisant. »

De nouveaux schémas de distribution

La création de dynamiques communautaires puissantes et vertueuses semble également indispensable pour que l’agriculture de proximité trouve des modèles économiques pérennes. La Ruche qui dit oui en est une bonne illustration. L’un des objectifs de cette association est de développer l’agriculture de proximité, partout en France, pour des produits comme les fruits, légumes, viande, fromages, miel, confitures, vins, pain, jus de fruits... Le fonctionnement est simple : la personne qui décide de créer un petite centrale d’achat (une ruche), propose à sa communauté de membres la commande groupée d’un produit ; si la communauté atteint le seuil de commande fixé, le producteur livre la ruche et chacun vient chercher sa commande.

D’autres initiatives visent à transformer nos maisons et appartements en micro-sites de production. C’est l'idée de Window Farm, qui consiste à créer un jardin vertical derrière sa fenêtre. Suspendus les uns en dessous des autres, des récipients en plastique reçoivent automatiquement une petite quantité d’eau et de nutriments pour alimenter les plantes qu’ils contiennent (lesquelles poussent sans terre sur un support hydroponique). A l’origine, en 2008, il s’agit plutôt d’un projet artistique dans lequel se lance sa créatrice : Brita Riley, artiste et entrepreneur social. Elle en souligne la valeur pédagogique, mieux comprendre comment les plantes que nous consommons sont produites, et l’intérêt culinaire : récolter à la demande des feuilles de salade ou des herbes d’assaisonnement fraiches. Les plants peuvent être fournis par de petites entreprises à vocation sociale telle que Garden State Urban Farm. Sur le modèle de l’open source, une vaste communauté d’environ 40 000 internautes collabotre sur le site our.windowfarms.org pour constamment améliorer le projet.

Au final, l’agriculture urbaine, fertilisée par le numérique semble promise à un bel avenir. Reste une difficulté de taille : la pollution des plantes cultivées en ville. Selon une étude récente de l’Université technique de Berlin, des fruits et légumes cultivés en centre-ville à Berlin, se sont montrés hautement pollués, notamment par de multiples métaux lourds. Le choix du lieu de culture en ville semble déterminant. Un prochain chantier pour la cartographie numérique ?

--

Photo par Maker Media sous licence (CC BY-NC 2.0)

Ajouter un commentaire

Commentaires

"Bonjour !
Pour ceux qui souhaitent construire leur windowfarm, le mode d'emploi en français est disponible ici =>
http://www.transition-verte.com

Vive l'agriculture urbaine :)"
Avertir le modérateur

Propulsé par